Un amour de patronne ROMAN

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il y a 11 ans

Un amour de patronne

À la vraie Christine, qui m'a servi de modèle; à Évelyne qui m'a tant aidée dans mes moments difficiles;

À ma tendre Natacha sans qui la vie serait si différente. À toutes celles et tous ceux qui tentent de surmonter la difficulté d'aimer 'autrement', en dépit des préjugés, et qui ne renoncent pas face aux obstacles encore nombreux qui parsèment notre chemin.

  1. Un nouveau chef de cabinet.

La nouvelle était enfin tombée : le ministre venait de remercier son chef de cabinet. À notre étage, celui des hôtesses d'accueil, ce départ ne surprit guère qui s'annonçait depuis plusieurs semaines. Les bavardages allèrent bon train lors de la sacro-sainte pause du déjeuner : chacune y allait de son commentaire.

  • Oh ! Moi je n'ai jamais pu encadrer ce pignouf ! Clama la plantureuse Sonia. Et elle ajouta : Avec ses petits yeux porcins qui fouinaient partout... Hou là ! Hou, le vilain !... Cette condamnation lapidaire provoqua un éclat de rire général.

  • Qu'est-ce qu'il était moche ! Enchérit la petite Suzanne, se libérant visiblement d'un poids.

  • Moi, il m'a toujours fait penser à mon ancien prof de maths ! Affirma Françoise, la préposée au téléphone.

Mylène, une petite rousse au visage constellé de taches de son s'adressa à moi :

Il t'a sûrement draguée, Dominique, non ? Elle appuya sa question d'un regard insistant.

Un lourd silence tomba et tous les regards convergèrent dans ma direction. Je ne savais plus où me mettre. Je maudis cette petite sotte de Mylène qui n'avait pas pu s'empêcher... Avec son petit visage de souris, elle faisait un peu penser à Marlène Jobert. Elle me fixait de son air têtu, visiblement impatiente d'obtenir enfin - par la contrainte - réponse à une question qu'elle m'avait maintes fois posée et que j'avais toujours éludée. Mylène était plutôt du genre pot de colle. Elle m'avait devancé de quelques mois au Ministère et, depuis le jour où j'avais pris mon poste à l'accueil, elle n'avait pas cessé de me harceler.

À l'évidence, elle aurait vivement souhaité faire de moi une amie, une très chère amie... sa petite amie, pour être précise. Elle ne manquait pas, à chaque fois que nous nous croisions dans un couloir, ce qui arrivait fréquemment, de m'adresser un sourire gourmand, le plus souvent accompagné d'une ?illade éloquente vers ma poitrine. Il faut reconnaître que, de ce côté-là, je suis plutôt bien fournie. Ce généreux cadeau de la nature s'est vite avéré un cadeau empoisonné : dès mes quatorze ans, il m'a fallu recourir à toutes sortes de ruses pour tenter de dissimuler une poitrine précocement imposante aux regards concupiscents de la grande majorité des hommes - et d'un nombre appréciable de femmes - que je pouvais croiser.

Lassée des ?illades appuyées dont ne manquaient pas de me gratifier les visiteurs du Cabinet, je suppliai Irène, notre aînée et supérieure hiérarchique, de me confier un autre poste que l'accueil direct des visiteurs. Celle-ci jeta sur mes seins dûment enfermés dans un tailleur de coupe stricte, un petit regard amusé que j'interprétai comme complice, et me confia, à mon grand soulagement, la responsabilité de l'accueil des visiteurs du seul ministre. Moins nombreux, ceux-ci se montraient nettement plus réservés. En contrepartie, j'eus droit à une cour muette, mais ô combien pressant, du ministre en personne. Bel homme, plutôt grand, d'une extrême élégance, ce sexagénaire conservateur ne manquait pas de m'adresser, à chaque fois que j'introduisais un visiteur, un sourire gourmand appuyé d'une ?illade sans équivoque.

Mortifiée, Mylène avait pu se rendre compte de la faveur ministérielle dont j'étais devenue l'objet. Elle en conçut une jalousie féroce.

La question qu'elle venait de me poser ne me surprit donc pas, mais, soudain confrontée à la convergence des regards de tout le team, j'étais plutôt désemparée. Aussi quel ne fut pas mon soulagement lorsque j'entendis les paroles salvatrices prononcées par Irène, d'une voix forte: Allons, mesdemoiselles! La pause est terminée, retournez à vos postes, s'il vous plaît.

J'adressai à Irène un regard empreint de reconnaissance. Elle me décerna un bref clin d'?il avant de s'en retourner vers le bureau du ministre. Le dépit de la pauvre Mylène était presque palpable!

Quelques jours plus tard, nous fûmes toutes convoquées dans la salle de conférences. Irène m'avait confié le matin même que le nouveau chef de cabinet venait de prendre ses fonctions.

  • Tu seras surprise! M'avait-elle affirmé avec un étrange sourire. Je n'avais rien pu en tirer de plus.

..................

Nous étions donc là, toutes réunies dans la grande salle lambrissée aux plafonds richement ouvragés. Les conversations allaient bon train. Toutes se demandaient à quoi allait pouvoir ressembler leur nouveau patron. Après quelques minutes, Irène vint nous rejoindre.

Mesdemoiselles, s'il vous plaît ! Intima-t-elle. Le silence se fit aussitôt, celles qui s'étaient assises se levèrent d'un seul mouvement, et nous attendîmes, le regard fixé vers la porte. Quelques instants s'écoulèrent qui me semblèrent interminables, et le nouveau chef de cabinet du ministre fit son entrée.

Je réprimai une exclamation de surprise : le nouveau chef de cabinet était une femme, et quelle femme ! Grande, mince, superbe, d'une élégance rare dans un tailleur gris perle qui lui allait à ravir. Elle était d'une beauté à couper le souffle. Il émanait de sa personne une sorte d'aura qui inspirait un respect immédiat. Elle avait enfermé sa chevelure, probablement abondante, d'une belle teinte châtain clair, en un chignon bien serré. Elle portait une paire de lunettes à épaisse bordure noire qui lui donnait un air sévère. Ses yeux, grands et légèrement en amande, étaient d'une eau bleu pâle, presque transparente. D'un regard impénétrable, elle parcourut lentement notre petite assemblée. Elle prit le temps de mesurer du regard chacune d'entre nous, comme si elle cherchait d'entrée de jeu à se faire une idée de ce que nous pouvions valoir. Lorsque ses beaux yeux bleus s'arrêtèrent sur moi, je fus comme prise de panique. Je me sentis fondre sous ce regard inquisiteur. Je ne baissai pas le regard cependant, me laissant comme pénétrer par un fluide que je sentis se répandre en moi. L'impression était étrange : un mélange d'effroi et de fascination.

À n'en pas douter, nous étions en présence d'une maîtresse femme. Il me sembla - mais j'étais trop impressionnée pour être sûre de m'en rappeler fidèlement aujourd'hui - qu'elle s'attarda quelque peu sur moi, parcourant toute ma silhouette de haut en bas et de bas en haut. Quoi qu'il en soit, il est clair que ce bref examen nous troubla toutes ; la plupart d'entre nous en parlait encore quelques semaines plus tard. Elle nous adressa un bref discours, nous assurant qu'elle comptait sur notre dévouement, notre disponibilité et notre tact. Sa voix était à l'image de son apparence : un beau médium, ample et chaud, autoritaire et majestueux.

Je gardai de ce premier contact une impression complexe, mélange d'admiration et de crainte respectueuse. Une chose était claire : il nous faudrait marcher à la baguette ! Il me semblait évident que nous n'aurions guère droit à l'erreur.

Au début de la semaine suivante, je fus appelée dans le bureau de notre nouvelle patronne. Ce n'est pas sans appréhension que je franchis la double porte capitonnée sur laquelle une plaquette de cuivre brillant affichait simplement : « Christine Zamann. Chef de Cabinet ». Je m'avançai, en proie à une vive appréhension, au milieu de la vaste pièce richement meublée. Je remarquai l'apparition de superbes plantes tropicales et l'agréable odeur qui baignait les lieux. Ça me changeait de l'odeur de cigares et de vieux papier du chef de cabinet sortant.

Assise à une vaste table, totalement dégagée à l'exception du dossier ouvert devant elle, de quelques menues fournitures de bureau et d'un combiné ultra moderne aux fonctions multiples, la nouvelle maîtresse des lieux était en conversation téléphonique. Elle ne me prêta tout d'abord aucune attention, puis, soudain, m'invita d'un geste bref et précis à m'asseoir en face d'elle sur une des chaises jouxtant son bureau. Tout en poursuivant son entretien, elle me fixa à nouveau d'une façon insistante, comme si elle cherchait à me deviner, à me découvrir. Je crus percevoir dans son regard pénétrant comme une légère pointe d'ironie, voire d'amusement. Je sentis la rougeur me monter aux joues, ce qui accrût mon malaise. Je crus fondre littéralement lorsque ses yeux s'arrêtèrent un instant sur ma poitrine avant de remonter le long de mon cou et de s'arrêter sur mes lèvres. La lueur ironique s'était muée en quelque chose de beaucoup plus subtil que je n'identifiai pas. Elle raccrocha soudain d'un petit geste vif.

-Bien ! fit-elle, sans préambule. Mademoiselle, je voudrais vous attacher à mon service personnel.

Bien que prononcée d'une voix douce et calme, la phrase avait sonné comme un ordre. Elle poursuivit :

-Vous vous tiendrez à ma disposition en permanence et serez prête à faire suite à toute demande... sans délai. Est-ce entendu ?

Prise de court, ne sachant trop si je devais me réjouir ou m'effrayer, je balbutiai :

-Euh... oui madame, oui, bien sûr... comme il vous plaira. -Mademoiselle ! Rectifia-t-elle avec un sourire amusé.

Je me mordis les lèvres. J'avais remarqué pourtant qu'elle ne portait pas d'alliance. Comment avais-je pu l'oublier ?

-Excusez-moi, ma... mademoiselle ! Fis-je, penaude. Je me sentais ridicule.

-C'est sans importance, conclut-elle. Irène vous indiquera les procédures. Vous avez trois jours pour prendre vos dispositions. Rendez-vous ici même lundi à la première heure. Voilà ! ce sera tout. À plus tard, Dominique. Vous permettez que je vous appelle Dominique ?

C'était à peine une question. Je hochai la tête. -Oui, oui, bien sûr. Au revoir, ma... mademoiselle... Mes respects.

Mais elle ne m'écoutait plus, plongée déjà, l'air songeur, dans le dossier étalé devant elle. Il ne s'agissait pas à proprement parler d'une promotion, mais cette fonction enviée représentait un notable privilège ; les regards boudeurs, voire franchement hostiles dont me gratifièrent quelques unes de mes collègues dès le lendemain achevèrent de m'en convaincre.

En quelques jours, cette femme fascinante avait pris sur moi un ascendant extraordinaire. Curieusement, moi qui ne suis pourtant pas de nature à me laisser mener par le bout du nez, je ne me sentais nullement piégée et ne fus en aucune manière rebutée par la nette surcharge de travail et l'accroissement significatif de mes responsabilités. Au contraire, je m'efforçais de satisfaire pleinement les exigences de ma nouvelle patronne que, déjà, je vénérais.

J'étais toujours prête à porter au ministre un dossier ou un pli urgent, à transmettre à la mécanographie une circulaire à modifier ou à appeler en urgence un quelconque collaborateur. Cette disponibilité permanente avait, en peu de temps, tissé entre cette femme dont je ne savais rien, - et moi, pauvre esclave consentante, un lien indéfectible. Un aspect positif non négligeable était que les heures supplémentaires, qui s'étaient rapidement accumulées, étaient grassement payées

.................

Inaccessible.

Ce soir-là, un vendredi, nous nous retrouvâmes toutes deux enfermées dans son bureau alors que presque tout le personnel avait quitté les lieux. Je venais de lui apporter de chez le ministre la note verte qu'elle attendait ; elle jeta un rapide coup d'?il sur le document, afficha un sourire satisfait, puis se laissa tomber sur le vaste canapé de cuir qui trônait au fond de la pièce en poussant un profond soupir.

-Ouf ! je suis rompue ! fit-elle. C'était la première fois que je la voyais se relâcher quelque peu et j'en ressentis une certaine gêne. En même temps, la découverte de cette fragilité inattendue déclencha en moi un sentiment de complicité, presque de tendresse. Je venais de la découvrir plus humaine, plus accessible, plus normale en quelque sorte.

Elle ôta ses lunettes et fit coulisser sa cravate dont elle venait de desserrer le n?ud. Elle prit une profonde goulée d'air et m'adressa - chose rare - un large sourire. Je m'en sentis tout honorée et, en même temps, intimidée.

Cherchant ce que je pourrais bien faire pour la soulager, je m'entendis dire: -Voulez-vous que je vous masse la nuque ?

Rougissant aussitôt de mon audace, j'esquissai un petit pas en arrière qu'elle ne sembla pas remarquer.

-Quelle bonne idée ! fit-elle. Je crois que j'en ai bien besoin.

S'étant redressée, elle ôta d'un geste preste l'épingle qui maintenait son éternel chignon et libéra une magnifique et abondante chevelure qui se répandit sur ses épaules en longues volutes soyeuses, légèrement bouclées.

Je sentis mon c?ur se mettre à cogner dans ma poitrine. Ainsi abandonnée, dans la pénombre qui baignait cette partie de la vaste pièce, elle m'apparut d'une beauté rayonnante.

Elle posa les mains de part et d'autre de ses cuisses, sur le cuir du canapé, ferma les yeux et inclina légèrement la tête vers l'avant. Je réalisai que c'était à moi d'agir à présent et, sortant de ma torpeur admirative, je m'approchai. Contournant le canapé, je passai dans son dos. J'eus une hésitation au moment où mes doigts allaient entrer en contact avec la peau de sa nuque. J'avais l'impression d'être sur le point de commettre une sorte de sacrilège. Ainsi, j'allais toucher cette femme merveilleuse, j'allais oser poser la main sur cet être sublime, objet de la crainte respectueuse de tous, et qui m'intimidait au plus haut point. J'en étais toute frissonnante. En même temps, je réalisai que je n'aurais cédé ma place pour rien au monde.

Je posai délicatement mes mains sur la nuque offerte. La peau était douce, soyeuse. Je sentais le léger duvet blond se coucher au passage de mes doigts attentifs qui venaient d'amorcer un lent et prudent va-et-vient le long de la nuque endolorie. Les muscles de son cou étaient durs comme du bois et il me fallut un bon moment pour arriver à les détendre. Pour accroître l'efficacité de mon massage, je m'insinuai plus avant sous la chemise, couvrant une surface de chair plus importante. Afin de m'y aider, ma patronne relâcha les boutons du haut de son chemisier.

D'où je me trouvais, en surplomb, je pouvais à loisir contempler le corps de ma patronne qui s'était complètement abandonnée à mes caresses. Je ne pus m'empêcher de jeter les yeux dans l'échancrure qui venait d'apparaître. La naissance de deux seins volumineux se révélait à présent à mon regard admiratif. Je fus prise d'une envie soudaine de palper ces deux masses de chair qui se dandinaient mollement au rythme de mes allées et venues.

M'étant légèrement penchée vers l'avant, je pouvais apercevoir la fine dentelle d'un soutien-gorge de soie bleue qui, visiblement, avait peine à contenir la volumineuse poitrine de Christine. Refoulant immédiatement mes pensées, aussi déplacées que coupables, je poursuivis mon massage. Je tressaillis lorsque j'entendis prononcer d'une voix légèrement rauque :

-Dieu que c'est bon !... Continuez ma petite Dominique. Ça me fait un bien fou !... Vous êtes douée, vous savez ! Acheva-t-elle en ponctuant ses paroles d'un petit rire.

Il émanait de sa personne une odeur, légèrement poivrée, de transpiration qui me fit monter le feu aux tempes. Je ressentis au niveau de l'entrejambe un picotement caractéristique qui commença à m'affoler. Ce que je ressentais pour cette femme n'était plus seulement de l'admiration, c'était du désir ! Cette constatation me bouleversa et je me félicitai d'être ainsi placée dans son dos, hors de portée de son regard perçant. Mais les choses faillirent tourner au désastre lorsqu'elle prononça, à brûle-pourpoint :

-Merci, Dominique, ça ira comme ça ! Je retirai vivement les mains de sa nuque et tentai, de façon dérisoire, de me fondre dans la pénombre ambiante. Mais déjà, elle était debout et me faisait face. Elle chaussait ses terribles lunettes à montures noires et refermait les boutons de son chemisier. Je vis, à regret, disparaître les deux globes généreux derrière la fine étoffe de lin. Je crus défaillir lorsque, interrompant son geste, elle fronça les sourcils et me dévisagea.

-Qu'avez-vous, Dominique ? Vous êtes écarlate ! -Ah !... euh... bredouillai-je, complètement paniquée, je... - j'avais envie de me glisser sous le riche tapis persan - je crois que... que j'ai un peu chaud.

Je brûlais en effet... de désir, de honte.

Le regard de cette femme qui venait, à son corps défendant, de s'emparer de mes sens, se fit soupçonneux, le temps d'un éclair. Ce fut si bref que, le moment suivant, je doutai de la pertinence de ma perception.

.......................

-Bon ! Eh bien je crois que nous avons bien mérité de rentrer nous reposer, n'est-ce pas ? fit-elle, affichant un large sourire qui me sembla, je ne sus dire pourquoi, légèrement obligé. -Oui ! Lui répondis-je, d'une petite voix qui tremblait. Reposez-vous bien ! Je me précipitai vers la large porte du bureau, n'osant la regarder. J'allais franchir le seuil lorsque je l'entendis m'interpeller :

-Dominique ! Mon sa ng se figea dans mes veines. Prenant sur moi, je me retournai, posément, essayant de sourire de façon acceptable.

Debout au milieu de la pièce, Christine me regarda un long moment sans rien dire, me scrutant attentivement. À l'évidence, elle cherchait à deviner les raisons de mon émoi. Je m'efforçai au calme, mais je sentais mon c?ur battre à tout rompre dans ma poitrine.

Son regard me sembla froid et sévère. J'y vis passer une étrange lueur que je n'identifiai pas. Ses lèvres s'entrouvrirent, je la vis déglutir puis l'entendis me dire, d'une voix rauque : -Merci Dominique ! Bon week-end.

Nos regards restèrent comme accrochés un bref instant. Je n'arrivais pas à deviner ce qu'elle éprouvait en ce moment magique et redoutable, délicieux et terrifiant. Je m'arrachai enfin et m'enfuis comme une voleuse.

Dès que je fus rentrée dans mon petit appartement, je me précipitai sous la douche afin de tenter d'apaiser mes sens en délire. Quelques minutes plus tard, nue, face à mon miroir, en train de m'éponger les cheveux, je me pris à me demander ce que ressentirais ma nouvelle patronne à me voir ainsi. Éprouverait-elle un certain plaisir à regarder mon corps, à le caresser, à en découvrir les recoins intimes ? Aimerait-elle pétrir ma poitrine, parcourir de ses mains mes cuisses duveteuses ?

Je tentai d'imaginer la scène et, à cette évocation, je sentis mon entrejambe s'humecter et mes seins furent parcourus de ce picotement qui me conduisait si souvent aux portes de la volupté. J'imaginai les mains de Christine en train de parcourir tout mon corps.

Je me mis à me peloter vigoureusement les seins, les écrasant l'un sur l'autre tout en essayant de me représenter l'expression que prendrait, à ce spectacle, le visage de Christine. Je me mis à ondoyer face au miroir, en proie à une excitation grandissante. Je me jetai sur mon lit et me mis à me masturber sauvagement, comme une collégienne.

Je me fis jouir plusieurs fois de suite, avec une sorte de rage frustrée, pétrissant mes seins gonflés par l'excitation, cherchant à me persuader que c'était les mains de Christine qui les malaxaient ainsi. Toute trempée de mouille et de larmes, je plongeai bientôt dans un sommeil agité.

La semaine suivante me fut un véritable supplice. Je dus me rendre à l'évidence : j'étais tout simplement amoureuse de ma patronne ! J'aspirais à être en sa présence le plus souvent possible ; mais si l'occasion s'en présentait en effet assez fréquemment, c'était à chaque fois pour ne la voir que quelques instants, occupée, indisponible, ne me prêtant aucune attention. Il m'arrivait de me trouver tout près d'elle, à son côté, dans son parfum, mais telle son ombre, alors qu'elle s'adressait à d'autres.

Je prenais plaisir alors à écouter sa voix chatoyante, à me laisser envahir par cet émoi qui me submergeait. C'était un supplice permanent. Cette femme superbe, intelligente, fine, racée, sensible, intuitive, je le devinais ; désirable en tous points, était là, tout à côté de moi et je ne pouvais que lui décliner hâtivement quelque formule stéréotypée ou lui adresser quelque rapport succinct. Il m'aurait suffit d'avancer la main pour la toucher et je passais ma journée à réprimer l'envie d'accomplir ce geste. L'attirance croissante que j'éprouvais pour cette femme qui m'avait ensorcelée tournait à l'obsession.

Dès que je me trouvais en sa présence, l'air se mettait à vibrer, des ondes de désir émanaient de mon corps pour se ruer sur le sien ; mille mains, miennes et invisibles, jaillissaient de ma peau frémissante et parcouraient ses cuisses, son ventre, sa poitrine, palpaient ses fesses, agaçaient les pointes de ses seins, se glissaient dans son slip et pénétraient son vagin ; une multitude de mes langues parcouraient son ventre, léchaient ses aréoles, son cou, ses lèvres, pénétraient sa bouche puis, filaient vers sa vulve et s'en allaient mordiller son clitoris... Je sentais mes seins gonfler, mes pointes me démangeaient et mon entrejambe me lançait d'insupportables fulgurances. Oh ! je devenais folle !

Je commençais à redouter de me trouver en sa présence. Je craignais sérieusement que mon attirance ne soit devenue impossible à dissimuler. J'avais de plus en plus de mal à brider ainsi mes sens, à maîtriser mon désir. Plus d'une fois il m'était arrivé d'avoir à me précipiter aux toilettes pour me changer car j'avais mouillé comme une malade.

Quelle dérision ! Dire que, d'ordinaire, quand un gars ou, occasionnellement une fille, me plaisait, il me suffisait de répondre à un regard ou à un sourire et l'affaire était faite. Je me trouvais ici dans la situation de la débutante complètement désarmée. N'ayant pratiquement jamais eu à entreprendre de man?uvres de séduction, j'ignorais tout des subtilités des approches difficiles. Tout au plus m'étais-je, par jeu, pour me changer de la trop prévisible facilité coutumière, attaqué à quelques cas difficiles : un bel jeune homme qui osait à peine me regarder, paralysé par la timidité ; un richard prétentieux et qui croyait pouvoir s'acheter toutes les filles qu'il voulait (je lui en fait baver, celui-là !) ; ou encore ce brave gars, marié à une véritable tigresse et qui me jetait des regards désespérés.

................ J'étais à nouveau en train de payer le prix, inattendu, d'un corps trop sexy. Cadeau empoisonné, une silhouette comme la mienne ! J'en arrivais à regretter à nouveau d'être ainsi bâtie, comme lorsque, jeune, je m'effrayais des regards enfiévrés des hommes.

-Dominique, veuillez porter ceci à Jean-Pierre, il en a besoin tout de suite. La voix me parvint à travers une brume cotonneuse. Machinalement, je tendis la main et recueillis l'épaisse chemise gonflée de documents.

-Oui, oui, j'y vais... articulai-je. M'arrachant à la cruelle douceur de sa présence, je sortis du bureau, au bord des larmes. Je devais vraiment me surveiller : je me savais sur le point de craquer.

Je me dirigeai vers les ascenseurs d'un pas machinal, l'esprit totalement absorbé par mes fantasmes : je voyais Christine, allongée sur le sol de son bureau, nue, alanguie, les mains attachées à l'un des pieds de sa table et en train de jouir comme une bête pendant que je lui léchais la vulve à grands coups de langue voraces. Les yeux révulsés, elle poussait une longue plainte...

-Ça va, Dominique ? La petite voix aiguë de Mylène m'arracha brusquement à ma rêverie érotique. Elle venait de me rejoindre dans l'ascenseur. Ramenée à la réalité, je lui répondis : -Euh !... oui, oui, ça va... merci.

-Tu es toute pâle !... -Ce n'est rien ! Juste un peu de fatigue. -Dis donc ! On ne te voit plus beaucoup depuis que tu es au service particulier de Sa Majesté ! Minauda-t-elle.

-Sa Majesté ? -Ben oui ! C'est comme ça qu'on appelle la nouvelle patronne... Ne me dis pas que tu ne le savais pas.

-Si ! je l'ignorais ! -Et... ça se passe bien ? -Oui... oui... pourquoi est-ce que ça n'irait pas ?

Elle m'agaçait, cette petite fouine, et je n'avais qu'une envie : que l'ascenseur s'arrête à l'étage afin que je puisse la planter là et filer !

-Elle est exigeante, non ?... Les lourdes portes métalliques venaient de coulisser s'ouvrant sur le vaste hall. Je m'élançai vers la gauche sachant que Mylène irait rejoindre son desk situé sur la droite. Elle ajouta hâtivement : -En tous cas, elle a l'air de t'apprécier !

Je m'immobilisai, lui fis face et ne pus m'empêcher de questionner : -Qu'est ce qui te fait dire ça ?

Trop heureuse d'avoir réussi à m'accrocher, Mylène ne se fit pas prier : -Elle a passé un joli savon à Geneviève qui râlait sous prétexte que tu avais été choisie à cause de... enfin... Mon c?ur se mit à battre à coups redoublés.

-À cause de quoi ? -À cause de ton physique, tiens ! Lâcha-t-elle, boudeuse.

-À cause de... ah ! ça par exemple ! M'exclamai-je, au comble de la gêne, tout en espérant que mon émoi soit mis sur le compte de la surprise. Je me demandais comment j'allais bien pouvoir m'en sortir cette fois, mais, à mon vif soulagement, Mylène poursuivit :

-Cette idiote n'avait pas entendu la patronne arriver. Ça a été cinglant ! -Ah ?

-Elle lui a dit, très calmement : « mademoiselle, sachez que les personnes qui travaillent pour moi sont sélectionnées selon leurs seules motivations et compétences, ainsi que pour leur abnégation et leur travail. Vous feriez bien de tenter de lui ressembler à cet égard. Tenez-le vous pour dit. »

-Et... et alors ? -Geneviève était mortifiée. Elle s'est mise à pleurer après le départ de « Sa Majesté ». Elle a affiché un profil bas pendant au moins trois jours.

Je ne sus trop comment je devais interpréter les faits que Mylène venait de me rapporter. -Merci, Mylène ! Murmurai-je. La petite rousse m'adressa un sourire béat avant de s'en aller de son côté.

  1. L'Intermède Mylène. Les choses ne semblaient pas près de s'arranger : je n'arrivais pas à retrouver mon calme et je redoutais de me trouver dans l'envoûtante proximité de Christine. Je dus me l'avouer : j'étais comme une chatte en chaleur et je ne voyais pas bien ce qui pourrait atténuer mes tourments. Je ne cessais d'essayer d'imaginer qui pouvait bien partager sa vie, qui avait le droit de poser ses mains sur ce corps superbe, de lui procurer du plaisir. Aimait-elle ? Elle devait avoir un amant, un homme de sa classe, qu'elle avait probablement choisi parmi une cour nombreuse. Cette pensée me mettait aux tourments. Je me sentais prête à toutes les agressions.

Pour faire diversion et tenter de réorienter mes pulsions, je me remémorai les plaisirs que j'avais pu éprouver entre les bras des beaux mâles que j'avais pu m'envoyer à l'occasion. Comme j'avais aimé ces pénétrations sauvages ou plus élaborées, comme j'avais joui en sentant ces bites gonflées de désir me labourer avec brutalité ou persévérance. Je me rappelai le jour où ce représentant de commerce m'avait offert une somme rondelette rien que pour pouvoir contempler ma poitrine au fond d'un parking souterrain. Il me revint également en mémoire le plaisir trouble et puissant que je prenais avec Jean-Jacques qui s'éclatait comme une bête en jouissant sur mes seins. Ces évocations, loin de me calmer, ne faisaient que m'exciter davantage et me ramenaient d'autant plus cruellement à l'objet douloureux de mon insatisfaction présente. .........................

Je décidai de m'accorder un répit : une halte aux toilettes me permettrait de me rafraîchir et de décompresser tant soit peu.

Je m'étais passée de l'eau sur le visage et j'achevais de m'éponger lorsque je vis entrer Mylène. Décidément, elle était incontournable, celle-là !

-Ah ! tu es là ! fit-elle en entrant. Je vis ses yeux s'arrondir et le rouge lui monter aux joues. Me demandant ce qui lui prenait, je réalisai que je devais offrir un curieux spectacle : en effet, afin de mieux m'asperger, j'avais généreusement entrouvert mon chemisier et... l'image éloquente que me renvoya le grand miroir accroché à la colonne centrale m'éclaira aussitôt quant à l'émoi de Mylène : mon chemisier était pratiquement sorti de ma jupe, mes seins à demi découverts débordaient largement de mon soutien et une des aréoles dépassait carrément ; le tout offrait ainsi un tableau bien provoquant. J'entrepris aussitôt de me rajuster. Mylène s'approcha de moi, en proie à une vive agitation.

-Oh ! Dominique, qu'est-ce que tu es belle ! me lança-t-elle, éperdue, son regard enfiévré parcourant tout mon corps.

Mon premier mouvement fut de la repousser, et même de la tancer vertement, mais le désarroi qui s'affichait sur son petit visage tout rougi par l'émotion me désarçonna quelque peu. Prenant mon absence de réaction pour un encouragement, Mylène se jeta littéralement sur moi.

-Dominique, Dominique ! Haleta-t-elle, pardonne-moi, il y a si longtemps que... que je... Elle était véritablement survoltée. D'un geste résolu, elle écarta les pans de mon chemisier que je n'avais pas eu le temps de reboutonner et s'empara de mes seins qu'elle se mit aussitôt à malaxer avec fougue. Elle haletait, les yeux exorbités. Sa langue sautait comiquement d'un coin à l'autre de sa bouche largement ouverte. Elle était en proie à une forte excitation. Avec une surprenante agilité, ses mains plongèrent dans mon dos et dégrafèrent mon soutien.

J'étais tellement sidérée que je ne pus esquisser le moindre geste de défense. Mylène poussa un petit cri aigu lorsque, libérés de leur entrave, mes seins firent un léger bond en avant. Ses yeux se rivèrent à ma poitrine et je vis ses ailes de nez se mettre à battre frénétiquement.

-Dieu que tu es belle ! Articula-t-elle d'une voix blanche. Elle fourra sa tête entre mes seins qu'elle écrasa sur ses joues puis se mit à parcourir la surface de mes globes à grands coups de langue gourmands.

J'ai toujours été particulièrement sensible au niveau de la poitrine, et les caresses sauvages de Mylène, conjuguées à l'état d'énervement et de frustration dans lequel je me trouvais, me conduisirent presque aussitôt à une excitation irrépressible. Je sentis mes seins, que Mylène continuait de peloter et de lécher généreusement, se mettre à bander, mes pointes se durcirent et je sentis une douce chaleur se répandre dans mon entrejambe. Rentrant le ventre sous le coup de l'excitation, je me cambrai pour mieux m'offrir aux attouchements de Mylène qui, réalisant que je m'abandonnais, redoubla ses caresses.

Après m'avoir adressé un bref regard où brillait une lueur de triomphe, elle se mit à me téter goulûment, ce qui acheva de m'embraser. Sûre d'elle à présent, elle insinua une main sous ma jupe, franchit la barrière dérisoire de ma petite culotte et se fraya un chemin vers ma vulve déjà ruisselante qu'elle se mit aussitôt à labourer d'un doigt expert tout en continuant de me téter et de me peloter. C'en était trop : sous l'effet combiné de cette triple caresse et de mon énervement, je me laissai aller et me mis à jouir sans retenue.

En fin de compte, nous avions bel et bien perdu la tête toutes les deux. Je fus la première à me ressaisir. Mylène, qui était probablement encore sous l'emprise d'une forte jouissance, me tenait enlacée. La tête fourrée entre mes seins, elle frottait convulsivement sa vulve sur ma cuisse et poussait une curieuse plainte évoquant les pleurs d'un nourrisson. Je lui pris la tête entre les mains et l'obligeai à me regarder. Elle avait les yeux révulsés, à l'évidence, elle était en pleine pâmoison. La bouche grande ouverte, elle pompait l'air à petits coups répétés, comme un jeune chien qui a trop couru. Ça avait quelque chose d'à la fois pitoyable et attendrissant, comme le chagrin d'une petite fille.

Il me fallut attendre que l'orgasme fût passé et qu'elle se calmât un peu. Délicatement, mais fermement, je lui pris les mains, desserrai son étreinte et la fit se lever. Elle était comme hébétée. Elle balbutia :

-Oh, Dominique ! Qu'est-ce que j'ai pu jouir, tu n'as pas idée ! Je... je... ça faisait si longtemps que j'attendais ça !... c'est pas croyable... je... -Mylène, ça suffit ! Rajuste-toi, tu es toute dérangée. N'importe qui pourrait entrer, nous avons eu de la chance. Ce disant, je me rajustai moi-même, ce qui était plutôt nécessaire. Mollement, Mylène en fit autant.

Elle affichait à présent un sourire ravi, ce qui eut le don de m'agacer. Très vite, j'eus le sentiment d'avoir commis une belle bourde en m'étant ainsi laissée aller. Il ne faisait hélas aucun doute que cette petite imbécile allait tirer parti de l'incident. Elle voudrait sûrement remettre le couvert et, à coup sûr, elle n'allait pas manquer de se vanter auprès de l'une ou l'autre collègue. Je frémis à cette perspective et décidai de prendre les devants afin de limiter la casse. Je me tournai vers elle qui achevait de se passer du rouge sur les lèvres et lui annonçai :

-Écoute-moi bien, Mylène ! Ce qui vient de se passer entre nous est un accident, vu ? Il y a deux choses que tu dois savoir : la première, c'est que ça ne se reproduira plus, plus jamais ; la seconde, c'est que, si je découvre que qui que ce soit en dehors de nous deux est au courant, tu pourras te chercher un autre emploi. Ai-je été suffisamment claire?

........................

J'avais prononcé ma tirade d'une voix dure et rauque qui me surprit moi-même. Il faut dire que j'étais pénétrée d'une froide colère, contre moi-même, contre ma faiblesse, contre mon incapacité à dominer mes sens. Le visage stupidement ravi de la petite rousse se décomposait au fur et à mesure que je précisais ma menace. C'en était presque comique. Elle me répondit, d'un ton apeuré :

-Co... comme tu voudras Dominique. Tu ne dois pas t'énerver...

Je bénéficiais heureusement d'un certain ascendant sur cette fille naïve quoique certainement capable de sournoiserie, si ce n'était pire. J'ajoutai : -Je veux que tu saches que je ne t'en veux pas pour ce qui vient de se passer. Nous avons connu un moment d'égarement et c'est à deux que nous avons fait cette bêtise. Mais ceci ne change rien à ce que je viens de te dire, ok ?

Après m'avoir regardée un long moment avec une expression de stupeur apeurée, Mylène fondit brusquement en larmes. Allons bon ! me dis-je, il ne manquait plus que ça !

Je lui repris la tête entre les mains - elle s'était mise à pleurer comme une gamine - et la fixai sans agacement ni sévérité. Je parvins à lui dire avec douceur : -Là, là ! C'est tout ! Tu n'as aucune raison de prendre ceci au tragique, voyons.

Sa réponse me sidéra : -Mais, Dominique, je t'aime ! Articula-t-elle, retenant à grande peine une nouvelle série de larmes.

Complètement désemparée, je ne savais trop que faire. Mue par une soudaine impulsion, je lui baisai les lèvres, sans hâte. Le tremblement irrépressible qui l'agitait s'interrompit. Tenant toujours sa tête emprisonnée entre mes mains, je conclus : -Ne t'y trompes surtout pas, Mylène : ceci est pour sceller notre pacte !

Sans lui laisser le temps de se ressaisir, je la plantai là et m'empressai de quitter les lieux avant d'avoir à essuyer une nouvelle crise de désespoir.

Enfermée dans la cage d'ascenseur qui me ramenait au dernier étage, je me rappelai que, au plus fort de mon exaltation, c'étaient les mains de Christine qui avaient parcouru mon corps, ses lèvres qui me suçaient les seins. Le retour à la réalité me parut bien amer. Je redoutais à présent de me trouver en présence de Christine avec, sur la conscience, ce que je considérais déjà, un peu stupidement peut-être, comme une infidélité. En réalité, j'étais furieuse contre moi-même : comment avais-je pu me laisser aller ainsi ? La petite Mylène n'avait fait que profiter de mon désarroi, sans même se rendre compte de ce qui se passait en toile de fond.

La semaine qui suivit fut un lent et long calvaire. À la différence toutefois des jours qui avaient précédé l'incident avec Mylène, je m'interdisais de fantasmer sur Christine. Je la voulais ma patronne, ma patronne seulement, et je compensais, non sans efficacité d'ailleurs, ma frustration par un zèle accru dans le travail. Il m'arrivait cependant, seule le soir dans mon cocon, de me laisser aller à pleurer comme une dans mon plus jeune age.

  1. Où le rêve prend forme. Cela se passa un samedi matin. La simple évocation des faits suffit, aujourd'hui encore, à me mettre en transes. Le vendredi soir, Christine, épuisée au terme d'une semaine surchargée, les yeux cernés, le teint gris, me demanda d'une voix lasse si je consentirais à venir la rejoindre le lendemain dans son bureau afin de l'aider à boucler quelques importants dossiers urgents. Au moment où je répondais, évidemment par l'affirmative, j'eus comme une intuition : je pressentis qu'il allait se passer quelque chose, quelque chose de décisif. Prise d'une réelle appréhension, je me dis que j'aurais peut-être du me raviser, mais la curiosité, ou une certaine forme de lâcheté, l'emporta et je n'ajoutai rien.

Je passai une nuit angoissée. La perspective de vivre une matinée entière avec Christine me terrifiait. Je craignais qu'elle ne finisse par deviner ma folle attirance pour elle et qu'elle ne prenne dès lors la seule décision que je n'étais pas dut tout prête à supporter : celle de me renvoyer. À cette seule évocation, une boule d'angoisse se mit à peser sur mon estomac.

C'est donc habitée par une sourde appréhension, le c?ur battant, l'estomac noué, que je me présentai le lendemain à l'heure convenue devant la terrible et adorable femme qui avait, sans s'en douter, transformé ma vie en véritable enfer.

Fort heureusement, Christine, qui était déjà plongée dans l'examen d'un volumineux dossier ne m'accorda qu'une attention distraite, se contentant de marmonner l'une ou l'autre instruction sans m'adresser le moindre regard. Je m'en trouvais à la fois mortifiée et soulagée. Jamais je n'étais parvenue à déceler une quelconque de ces traces que laissent parfois sur un corps repu les ébats de la veille.

Un examen bref mais attentif déboucha sur la conclusion habituelle : rien à signaler. Elle n'avait pas vu son amant, à moins que... Je préférais n'échafauder aucune hypothèse, du moins pour l'instant.

................

La matinée, harassante, se déroula sans le moindre incident, à mon grand soulagement : j'étais arrivée, sans trop de peine, à conserver ma concentration. J'étais en train de glisser un ultime rapport dans une chemise suspendue lorsque j'entendis Christine m'annoncer d'une voix claire : -Et voilà ! Je crois que nous pouvons nous vanter d'avoir comblé ce fichu retard ! Ce n'est pas trop tôt ! J'avoue que suis fourbue.

Ce disant elle se laissa choir dans le grand canapé de cuir. Je lui adressai un sourire qui devait être bien pâle. Je ne pus m'empêcher d'admirer ses belles longues jambes agréablement musclées, aux courbes bien dessinées posées nonchalamment sur la surface brillante du cuir poli. Elle avait laissé reposer sa tête sur le haut du dossier, assez élevé, du canapé, et, dans une attitude de détente, avait clos les paupières. Je sentis mon c?ur se mettre à battre à grands coups. L'occasion était trop belle : après des semaines, de longues semaines d'entrevues raides et furtives où tout n'avait été que hâte, agitation, urgence, stress, voilà que je pouvais enfin contempler tout à loisir ce corps de rêve qui irradiait désormais chaque moment de ma vie, ce merveilleux objet de mes désirs refoulés. Sachant qu'elle ne pouvait me voir, je me mis à la manger des yeux, sans retenue, sans vergogne.

Je laissai mes yeux parcourir à nouveau les cuisses sculpturales, poursuivant la courbe harmonieuse que dessinait l'intérieur de la cuisse aplatie sur le cuir rigide. La minijupe, haute remontée dans le mouvement qu'avait fait Christine pour s'asseoir, ne dissimulait plus grande chose et je devinai, dans la pénombre, la blancheur d'une petite culotte dont je tentai d'imaginer la douce moiteur. Je sentis mes seins se durcir lorsque mon regard gourmand s'appesantit sur les formes généreuses qui gonflaient le chemisier entrouvert. Je pouvais voir la naissance des seins, j'en conçus un trouble irrépressible. Ainsi alanguie, Christine était plus belle que jamais, et je devais contenir une envie folle de me jeter sur ce corps magnifique qui gisait là, inerte, offert, interdit.

Il régnait dans la pièce un lourd silence chargé d'une espèce de religiosité, rythmé seulement par la respiration régulière de Christine qui avait probablement cédé au sommeil. L'instant était magique. Je n'osais esquisser le moindre geste de crainte de rompre le charme, de réveiller la dormeuse. Je demeurai là, figée, immobile, pendant un moment dont je serais incapable d'exprimer la durée ; un moment de pur ravissement, de crainte respectueuse, de véritable adoration. Mes sens ne s'étaient quelque peu calmés que pour me laisser percevoir un sentiment nouveau, intense, profond, mais que je n'arrivai pas à identifier. Un mélange de paix, d'abnégation, d'admiration et de tendresse.

Je ne pus réprimer un tressaillement lorsque résonna soudain, légèrement rauque, la voix de Christine : -Dominique, soyez gentille : pourriez-vous me refaire une petite séance de massage comme l'autre jour ? Ça m'avait fait tant de bien !

Je me sentis envahie par un vent de panique. Christine n'avait pas rouvert les yeux et n'avait pas bougé d'un pouce. Le c?ur battant, je m'approchai, me mordant les lèvres pour me contraindre à garder le contrôle de mes émotions et... de mes gestes.

Christine ouvrit les yeux et m'adressa un sourire qui me sembla un peu obligé. Elle envoya promener ses escarpins au milieu de la pièce, puis s'allongea de tout son long, sur le ventre. Je jetai un bref regard sur les fesses bien rebondies de ma patronne puis vins m'asseoir timidement sur un petit coin de canapé, tout près d'elle. J'entrepris de lui masser la nuque et le haut du dos à travers le fin tissu du chemisier. Avant de poser les mains sur elle, je m'interdis formellement toute émotion. Je m'efforçai d'accomplir une série de gestes purement techniques, et ce de façon machinale, sans état d'âme aucun. Au début, ça fonctionna plutôt bien et je parvins à cantonner mon esprit dans la surveillance étroite de mes gestes, attentive à leur seule efficacité.

Lentement, les noeuds se défaisaient sous mes doigts dont je dosais la pression avec précision, variant le rythme et l'amplitude de mes allées et venues. Cela dura un bon moment et je crus que j'allais me tirer de cette épreuve sans dégâts. Mais les choses n'allaient pas s'avérer aussi simples. Christine, apparemment reposée, détendue, manifesta le désir de profiter plus avant de mes dons de masseuse.

-Vous savez que vous faites ça rudement bien, Dominique ! Une vraie pro ! Avez-vous reçu une formation spéciale, pris des cours ?

Ce disant, elle se redressa à demi et, ayant effectué un léger déplacement, se trouva assise à mes côtés. Tout en parlant, elle se mit à déboutonner prestement son chemisier. Je sentis le sa ng affluer à mes joues, ma tête se mit à tourner. Sans m'adresser un regard, Christine déboutonna également ses manchettes puis, avec sa prestance habituelle, se débarrassa de son chemisier qu'elle laissa choir sur le parquet. Comme attirés par un puissant aimant, mes yeux se rivèrent sur la volumineuse poitrine de Christine qui se balançait, adorablement enserrée dans un soutien vert tendre orné d'un fin ruban de dentelle. Mon corps fut soudain parcouru de millions d'aiguilles. Dieu que je la trouvais belle en cet instant. Instant fort bref d'ailleurs, car elle reprit aussitôt sa position allongée sur le ventre. Écrasés par son poids, ses seins débordaient de part et d'autre de son buste et je contemplai la somptueuse courbure de ces chairs interdites. ............................... J'arrivai à me ressaisir et me remis à masser, prudemment, précautionneusement, le dos aux admirables proportions qui s'étalait sous mes yeux. Le contact, direct cette fois, avec la chair ferme, à l'agréable texture, me procura un bien-être que je n'arrivai pas à refouler. Afin de mieux contrôler l'émergence des pensées coupables qui m'assaillaient, je me mis à faire d'amples mouvements de plus en plus appuyés. Je joignis les mains en dessous de ses reins et remontai vers la nuque en ponctuant mon mouvement de petits à-coups que je répétais régulièrement de façon à produire une sorte de vaguelette obstinée. Après avoir réitéré l'opération quelques fois, je posai les mains sur ses côtes flottantes et appuyai quelques instants avant de relâcher très progressivement la pression. J'entendis Christine pousser un « ouf » de satisfaction.

-Ça fait du bien ! Confirma-t-elle d'une drôle de voix, à moitié étouffée par le coussin, sans doute. J'allais reprendre mon massage au niveau des épaules lorsque je remarquai que les fesses de Christine montaient et descendaient, lentement, mais régulièrement et de façon accrue. J'observai en même temps que, au moment de la descente, elle serrait les fesses et écartait légèrement les jambes. Le doute n'était pas permis : Christine était en train de s'exciter. De surcroît, et comme pour balayer mon dernier doute, je constatai que sa respiration s'était accélérée et se faisait à la fois plus rapide et plus bruyante.

Tétanisée, je n'osai plus bouger, persuadée que, quoi que je fasse, ce serait une catastrophe. J'aurais voulu n'avoir rien vu et être en mesure de conclure mon massage par une petite tape sonore sur l'épaule ou... mais je n'étais pas au bout de mes surprises. Christine se souleva sur un bras et, en une rapide rotation du buste, roula sur une épaule et se retrouva étendue sur le dos. À moitié dénudé, son corps sculptural s'épanouit sur le cuir souple du divan.

Elle avait gardé les paupières closes et avait relevé les bras par-dessus la tête. Elle avait le rouge aux joues, mais peut-être était-ce dû au fait qu'elle avait eu la tête appuyée sur les coussins durant de longues minutes ; elle haletait, mais sans doute reprenait-elle simplement son souffle ; tout son corps semblait frissonner, mais elle devait éprouver le besoin de s'étirer après un massage qui... mais non ! je ne pouvais me leurrer plus longtemps : elle était bel et bien excitée.

Je sentis une douce chaleur envahir le bas de mon corps à la vue de l'image sensuelle, provocante, érotique, qui s'offrait à mes regards admiratifs. Je fus prise d'une envie irrépressible de me mette à pétrir ces deux gros seins qui se dandinaient à portée de mes doigts. Ma vue se brouillait, je sentais tous mon corps s'embraser.

Comme pour continuer le massage, je posai les mains sur ses côtes flottantes qui saillaient par-dessus un ventre plat et musclé qu'elle étirait sous l'effet d'une évidente excitation. Je me mis à masser très lentement ses basses côtes, les yeux fixés sur ses seins qui semblaient vouloir bondir hors de leur étroit soutien. Les deux globes joufflus, recouverts d'un fin duvet blond, frémissaient sous le coup d'une excitation croissante. Les pointes, dressées, formaient deux petits monticules à travers le tissu distendu du soutien.

Christine ouvrit les yeux. Le regard qu'elle me lança alors me fut comme une décharge électrique. Ses prunelles enfiévrées brûlaient d'un feu intense, presque douloureux ; ses pupilles sautaient sans cesse d'un de mes yeux à l'autre ; une sorte de rictus de souffrance déformait la partie droite de son beau visage ; ses narines palpitaient tels les naseaux d'un cheval prêt à se lancer au galop.

Sidérée, je la fixais, m'attendant à voir se dissiper ce qui ne pouvait être qu'un produit de mon imagination en délire, une illusion liée à mon état de frustration, un fantasme saugrenu. Mais l'image délicieusement mouvante ne s'étiolait nullement. S'étant arc-boutée sur ses fesses et ses omoplates, elle poussait à présent sa poitrine vers le haut, tout en la faisant rouler sur son buste en une invite provocante. Son bassin montait et descendait en une danse lente et lascive, expression d'une puissante montée de désir ; ses cuisses étaient maintenant largement ouvertes.

J'avais déjà eu bien souvent l'occasion de contempler l'image du désir, sous toutes sortes de formes et en toutes sortes de circonstances, mais un désir aussi intense, teinté de surcroît d'une sorte d'appel désespéré, ça, je n'avais encore jamais vu, ni même imaginé. Ce corps alangui criait, hurlait son désir, se tortillait dans l'attente évidente d'être étreint, malaxé, trituré, maltraité peut-être. Et j'étais là, paralysée, comme la plus parfaite des imbéciles, absolument incapable de donner suite à la demande de sexe la plus éloquente, la plus crue, la plus directe qui m'ait jamais été adressée.

Je compris ce qui me bloquait : comment se pouvait-il que ce ne soit pas ma patronne - avec toute l'autorité dont elle disposait, tout l'ascendant qu'elle avait sur moi - qui aie pris l'initiative de m'attirer à elle dès lors qu'elle en manifestait le plus criant désir ? N'était-ce pas dans l'ordre des choses que Christine, ma patronne, ma supérieure, ma maîtresse, que je vénérais, disposât de moi à sa guise, selon son absolu bon vouloir ? À l'évidence, la direction des opérations lui revenait de droit. Un geste, un regard, un mot auraient largement suffi à me jeter à ses pieds, pantelante et consentante. Pourquoi n'en avait-elle rien fait ? Décidément, je ne comprenais pas.

Elle haletait, ses mains pétrissaient à présent le haut de ses cuisses impudiquement ouvertes, elle imprimait à son bassin de forts mouvements ascensionnels, ses yeux me vrillaient, comme habités d'une sorte de démence. ........... Et, d'un seul coup, je compris. Je compris que cette femme merveilleuse, cette créature de rêve, cette bombe sexuelle, cette beauté insolente, cette vamp incroyablement sexy, était en réalité complètement coincée. Il lui était impossible - je venais d'en percevoir l'évidence - d'oser le moindre geste dans ma direction. Ce fut alors que le déclic se produisit. Plutôt qu'un déclic, ce fut comme la rupture soudaine d'un barrage, comme un grand mouvement de bascule, comme si le monde s'inversait, comme si je me trouvais tout soudain investie d'un pouvoir merveilleux, d'essence et d'origine magiques.

Je me sentis grandir, gonfler, vibrer d'une puissance neuve et inconnue. À l'inverse, j'avais l'impression que Christine rapetissait, qu'elle était à présent reléguée dans le rôle dérisoire d'une gamine apeurée. Elle me parut soudain si faible, si démunie, si désemparée et, en même temps, si sauvagement belle ! J'étais totalement bouleversée, émue comme je ne l'avais encore jamais été.

D'un coup, je lâchai les vannes. Les choses se passèrent alors très vite, dans une sorte de désordre frénétique et sauvage. Oubliant toute retenue, je franchis « la surface du miroir » : je me jetai sur Christine avec une puissance que je ne cherchai nullement à contenir. Nos corps affamés se rivèrent immédiatement l'un à l'autre, nos lèvres entrèrent en contact, et ce fut là une délicieuse brûlure. Avec voracité, ma langue pénétra sa bouche et chercha sa langue qui m'attendait. Nos salives s'entremêlèrent, nos langues se livrèrent à une course poursuite effrénée, se mordillaient, se léchaient, puis repartaient de plus belle, tels deux jeunes chiens jouant dans l'herbe. En même temps, mes mains s'étaient emparées de ses seins qu'elles se mirent aussitôt à malaxer sauvagement. Mes doigts rageurs pénétraient cette chair chaude et ferme qui, énervée par l'attente, palpitait de frustration.

Je crois que je dus la griffer. Dans un même mouvement, mes mains parcouraient ces grosses boules agitées de frissons incoercibles et les écrasaient l'une sur l'autre. Nos vulves s'étaient immédiatement trouvées et se frottaient avec frénésie. Nous étions là, telles deux tigresses, à nous peloter, à nous griffer, à nous dévorer. Les mains de Christine s'étaient emparées de mes fesses et les malaxaient avec la même rage que je déployais à lui labourer les seins. Les mouvements énergiques qu'elle faisait pour cogner mes fesses l'une sur l'autre avaient pour effet de provoquer, à chaque fois, un léger courant d'air sur ma rosace que je sentais s'éveiller puis s'épanouir. Ma vulve se fit douloureuse, mais je n'entendais pas rompre le contact et je demeurai rivée au corps frissonnant de Christine. C'était comme si nous nous embrassions également par le bas.

La première vague de cet assaut soudain et puissant était, je le sentais, en train de passer ou, plus exactement, la brusque poussée d'adrénaline qui avait déclenché l'ouverture des vannes était retombée, me rendant un minimum de lucidité. Alors que nos jeux se poursuivaient, une conviction s'imposa à mon esprit : c'était à moi qu'il incombait ici de mener le jeu, de conduire le bal ; la maîtresse ici, c'était moi, ce devait être moi. Illogique, absurde, mais évident.

Mue par une soudaine impulsion, je me redressai et contemplai Christine comme s'il se fut agi d'une proie, d'une victime. Je manquai jouir devant le spectacle de cette hallucinante beauté, complètement décoiffée, les yeux hagards, le visage rougi par endroits, les lèvres ruisselantes de nos salives mêlées, le souffle court, le corps agité de spasmes. Sous mes caresses frénétiques, le soutien-gorge avait cédé et un de ses seins s'était libéré. Sa poitrine était zébrée de longues marques rouges, témoins de mes agressions, et, trônant au centre d'une aréole large et toute parsemée de petites rugosités agacées, se dressait fièrement un mamelon triomphant qui semblait bander comme un pénis miniature.

Je m'entendis prononcer d'une voix rauque et dure que je ne connaissais pas, étonnamment autoritaire, ce qui sonna à mes propres oreilles comme un ordre :

  • Déshabille-toi ! Intimai-je.

Je crus avoir tout gâché. Je redoutais de voir Christine se ressaisir, reprendre son rôle légitime de patronne avec la même soudaineté qu'elle l'avait abandonné, et me remettre à ma place au moyen de quelque formule bien assénée. Il ne m'aurait pas surpris qu'elle me giflât. Comment avais-je osé la tutoyer ? Où avais-je trouvé l'audace de lui adresser un ordre ?

J'étais terrifiée, m'attendant au pire. Déjà, j'étais prête à me jeter à ses pieds pour tenter d'obtenir son pardon. Il ne se passa rien de ce que je redoutais. Je vis passer comme un éclair dans son regard étonné, puis, reprenant son attitude suppliante de gamine prise en faute, elle entreprit de dégrafer son soutien.

Elle mit à dénuder sa poitrine une lenteur qui relevait plus de son état émotionnel que du calcul d'une experte en séduction. C'en était infiniment plus émouvant. L'émoi qu'elle en ressentait était presque palpable. Je sentis ma gorge s'assécher à l'apparition de sa poitrine qu'elle avait somptueuse. Une sorte de feu d'artifice au ralenti s'allumait dans mon vagin et remontait pour parcourir tout mon corps en libérant mille pétillements le long de mes cuisses, de mon ventre, pour venir s'épanouir dans mes seins qui bandaient à craquer. Elle ne manqua pas de remarquer l'effet que me procurait la vision de ses charmes. Elle avait une poitrine absolument superbe, ample, volumineuse, lourde, mais ferme et compacte, au galbe parfait. Les aréoles, larges et légèrement irrégulières, d'un bistre délicat, semblaient me fixer goulûment tels deux grands yeux étonnés.

Encouragée sans aucun doute par mon expression admirative, elle pointa ses seins vers moi pendant qu'à nouveau l'étrange rictus douloureux venait marquer son beau visage. Je m'approchai et me mis à soupeser lentement, avec une tendre douceur, ces superbes seins touts gonflés du désir d'être admirés, caressés, pétris. La chair était chaude, ferme et douce, parsemée de touts petits poils blonds presque blancs. Elle appuyait ses seins sur mes mains tout en se cambrant au maximum, pour mieux s'offrir. Nous vivions là un moment étrangement intense. Elle était visiblement fière de constater qu'on admirait ses superbes seins, qu'on prenait du plaisir à les toucher, à les caresser.

À l'évidence, elle les avait des plus sensibles ; il suffisait, pour s'en convaincre, de voir à nouveau ses yeux chavirer et son bassin reprendre sa danse lascive. Elle recommençait à haleter, les yeux mi-clos, les chairs frissonnantes. Totalement prise par le jeu, je continuai de peloter les deux globes offerts, frémissants. Pour mieux exhiber ses seins, pour mieux les mettre en valeur, elle avait repoussé son bassin vers l'arrière de même que ses épaules et avait rentré son ventre au maximum comme font parfois les gamins qui jouent « au maigre ».

Ainsi offerte, elle était d'une beauté agressive. Telle quelle, elle aurait pu déclasser bon nombre de ces filles qui posent dans des magazines genre Playboy. À la différence que Christine, si elle avait été ainsi photographiée, n'aurait eu besoin de nulle retouche. Je m'étais remise à malaxer vigoureusement ses seins qu'elle avait enfermés entre ses mains afin, les écrasant l'un sur l'autre, afin de les faire saillir. Fascinée par les larges aréoles qui me narguaient insolemment, secouée d'un désir qui confinait à l'hystérie, je plongeai soudain sur un des globes que je me mis à lécher à grands coups de langue voraces. La chair chaude et tendre vibrait sous mes caresses.

Christine se laissa aller en arrière et s'étala sur le vaste divan. La suivant dans son mouvement, rivée à ses courbes frémissantes, je poursuivis ma caresse et entrepris d'investir le mamelon dressé que je me mis à titiller, à mordiller, à suçoter de toutes les façons et sur tous les rythmes. Je fus à nouveau envahie par une vague de chaleur. Au moment même où ma mouille se répandait sur ma cuisse, je sentis Christine se raidir, son visage prit une expression proche de la surprise ou de la peur, elle fut secouée de forts spasmes puis elle s'immobilisa, comme pétrifiée. Le temps parut se figer.

Puis, avec une soudaineté et une puissance inattendues, je sentis un jet chaud et épais se répandre sur ma cuisse tandis que Christine qui m'avait saisie par les épaules, écrasait mon corps sur le sien en même temps qu'elle poussait un long cri aigu. Tout son corps fut parcouru d'une sorte de séisme. Elle vibrait comme si elle était secouée par une décharge électrique. Puis, d'un seul coup, tout s'arrêta net et elle retomba comme une masse au fond du divan. Je venais moi aussi d'avoir un orgasme, et ce n'était pas le premier, mais il n'était guère comparable à l'éruption qui venait de secouer Christine.

J'étais bouleversée par l'intensité du spectacle. De l'avoir vue ainsi abandonnée, victime de ses sens en délire, je me sentais toute attendrie. Je me blottis contre ce corps superbe, encore haletant, tout moite et délicieusement odorant. Je le savais à présent : j'aimais d'amour cette femme merveilleuse, j'étais sa chose, son esclave consentante, son admiratrice soumise et prête à tous les outrages, à tous les plaisirs, à toutes les turpitudes.

Ma tête reposait sur l'un de ses seins, un mamelon à la portée de mes lèvres. Sans penser à rien, je me mis à téter ce beau sein ferme, rond et chaud qui m'était comme la surface du paradis. En même temps, je frottais délicatement ma vulve sur sa cuisse tandis que je promenais mes doigts sur son ventre en exerçant de légères pressions que je répétais de façon aléatoire. Je sentais le léger duvet blond se coucher comme les blés sous la caresse du vent.

Aux petits gémissements de plaisir qu'émit Christine, au léger ondoiement de son corps alangui, au doux frémissement de son épiderme, aux pulsations de son pouls, je sus l'effet que lui procuraient mes caresses, et j'en conçus un bonheur et une fierté ineffables. Je savourai le goût de sa chair ferme et lisse, m'amusai à agacer du bout de ma langue les multiples petites rugosités qui ornaient son aréole et qui frissonnaient sous mes bécots. Arrondissant les lèvres, je m'emparai du mamelon et me mis à le resserrer et à le relâcher alternativement en variant la pression de mes lèvres tandis que ma bouche envoyait de petits coups répétés sur le sommet du monticule.

Christine poussa un petit cri et une de ses mains appuya sur ma nuque afin d'écraser mon visage sur son sein. De son autre main, elle parcourut mon bras, puis mon dos, s'attarda un instant sur mes fesses pour descendre le long de ma cuisse avant de remonter. Sa caresse était singulièrement hésitante, indécise, maladroite ; on eut dit une jeune fille en train de découvrir l'amour physique. J'eus la conviction que c'était la première fois que Christine s'abandonnait dans les bras d'une femme. Il se confirmait du même coup que c'était bien moi du moins pour le moment - qui devait être le guide de nos ébats.

Je rouvris les yeux et la regardai. Elle me sourit avec tendresse. Je lus dans son regard de la reconnaissance, du désir encore, ainsi qu'une sorte d'appréhension qui me contraria quelque peu. -Oh, Dominique ! fit-elle d'une voix blanche, à peine audible. Dominique !... Je... Son regard reprit cette étrange expression à la fois suppliante et angoissée. Elle ne trouva pas les mots et ne poursuivit pas sa phrase. Timidement, comme si elle craignait de se faire rembarrer, elle approcha une main tremblante de mon épaule encore couverte par mon chemisier. Devinant son intention, je lui dis, sur le souffle :

-Oui, c'est ça, déshabille-moi. Et, au vu de son air coupable, presque craintif, j'ajoutai :

-J'en ai très envie ! Rien n'était plus vrai. En réalité, cela faisait des semaines que je n'osais plus espérer que Christine eut pour moi un regard, un geste, à défaut d'une ébauche de relation sexuelle, même fugace, dont je me serais contentée. J'étais prête à fondre, à me liquéfier aux pieds de ma maîtresse incontestée, de ma suzeraine, à laquelle j'avais - à son insu, c'était une évidence - accordé tous les droits sur ma personne. J'aspirais à ce qu'elle prenne le dessus ; je me surpris à désirer qu'elle me tyrannise, qu'elle fasse de moi son esclave obéissante, sa chose, sa poupée de chair. J'étais prête à me soumettre à tous ses caprices, à me plier à ses exigences les plus folles, à devenir l'objet de ses fantasmes les plus délirants. Eût-elle choisi de me faire souffrir, j'aurais accepté ses gifles, ses coups, ses humiliations, ses cruautés. Eût-elle pris un plaisir pervers à me pisser au visage que j'eus consenti avec joie.

Ce tourbillon de pensées ardentes qui se bousculaient dans mon esprit s'était bien entendu accompagné d'un regain d'excitation, et je sentais à nouveau mes seins palpiter du désir d'être contemplés à leur tour, d'être pétris, léchés, sucés. Une bouffée de désir incandescent remonta de mon vagin en feu pour se répandre dans tout mon corps languissant. Mon souffle se fit court, je sentis les ailes de mon nez palpiter. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas percevoir l'excitation qui était mienne en cet instant et que je ne cherchais d'ailleurs nullement à dissimuler, tout au contraire.

Mon regard enfiévré, mon exaltation, mon désir manifeste, tout cela contribua à balayer les incroyables scrupules de ma maîtresse qui, timidement d'abord, plus franchement ensuite, entreprit de me débarrasser de ma blouse. M'étant légèrement soulevée afin de faciliter ses mouvements, je me mis à fixer Christine dans les yeux d'un air que je m'efforçais de rendre sévère, m'interdisant tout sourire. J'avais obéi là à une pure intuition. Mais cela fonctionna : Christine dénoua un à un les derniers boutons qui n'avaient pas sauté lors de nos premiers élans. Son regard parcourait tout mon corps : mes épaules à présent dénudées, mon ventre, mes cuisses, ma poitrine toute palpitante.

Il me sembla qu'elle mettait un temps infini à me débarrasser de mon chemisier, comme si elle avait craint de briser une sorte de charme, comme si elle agissait en rêve ou sous l'influence de quelque breuvages. Lorsque - enfin - le vêtement s'affaissa sur le parquet en un soupir mou, elle s'immobilisa, les yeux rivés sur mes seins. J'en ressentis une immense fierté, mais également une sourde appréhension. Jusqu'ici, il me semblait avoir fait ce qu'il fallait pour maintenir nos positions dans le délicat équilibre requis, mais il s'agissait de pas commettre le moindre faux pas : une maladresse, un mot déplacé, un geste prématuré, un regard trop appuyé, et tout risquait de s'effondrer comme un château de cartes.

Très lentement, j'emprisonnai ses mains entre les miennes et les dirigeai vers ma poitrine encore enfermée dans son soutien et qui hurlait son impatience d'être touchée, pelotée, pétrie. Un instant avant le contact, elle sembla se raviser, ses mains se mirent à trembler, elle tressaillit légèrement et son regard prit une expression inquiète. À l'évidence, elle était sur le point de braver un interdit. Je me mis à caresser doucement ses mains et, sans lui sourire, les yeux clos, je prononçai:

-Oh oui, vas-y !... Caresse-les, j'en crève d'envie !... Ne me fais pas attendre !

Apparemment, l'idée de lui donner purement et simplement des ordres était la bonne. Comme si un obstacle venait d'être levé, les mains de Christine reprirent leur course et atteignirent leur objectif. Dès qu'ils eurent établi le contact avec ma chair, ses doigts se mirent à la caresser, timidement, avec une insupportable lenteur et une légèreté qui manqua m'arracha un cri d'impatience. Assez rapidement, la caresse s'affermit et le contact des doigts se fit plus ferme. Bientôt, j'eus droit à un pelotage en règle : c'est à pleines mains à présent que Christine pétrissait mes seins, les écrasait l'un sur l'autre. J'allais avoir du mal à garder mon contrôle !

C'est que moi aussi j'étais particulièrement sensible aux attouchements mammaires. Il m'était arrivé bien souvent de connaître des orgasmes puissants suite à une bonne séance de pelotage bien gérée, et ceci dès mon plus jeune age. Combien de fois ne m'étais-je pas promenée en ville, les seins nus sous ma chemise, afin de profiter de l'excitation que me procurait le frottement incessant du tissu sur mes pointes ! Je prenais alors un vif plaisir à les voir darder à travers l'étoffe distendue. Les regards enfiévrés que me jetaient les passants me mettaient alors en transes.

-Enlève ! Dis-je d'un ton autoritaire, lui présentant mes seins.

Cette fois, c'est sans hésiter qu'elle passa les mains derrière mon buste et entreprit de dégrafer mon soutien. Elle se montra aussi maladroite qu'un collégien. Je la voyais de tout près à présent, le regard rivé sur mes rondeurs, les narines distendues, en train de se pénétrer de mon odeur. Je m'en sentis flattée. Lorsque, libérés, mes deux seins firent un petit bond en direction de son visage, je vis ses yeux s'agrandir et le rouge lui monter aux joues. J'en ressentis une joie indicible et une immense fierté ainsi qu'une flambée de désir. Je me dominai cependant et, pour faire diversion, me dressai de toute ma taille. Debout à présent devant Christine, ma maîtresse, ma patronne, je lui ordonnai :

-Enlève le reste !

Elle avait à présent le nez à hauteur de ma vulve. Stupidement, je frémis à l'idée qu'elle allait bientôt ne pas manquer d'apercevoir les taches éloquentes qui maculaient mon string ainsi que les traînées de mouille qui larmoyaient le long de mes cuisses. Elle fut prompte à faire glisser la fermeture de ma jupe et à la faire choir sur le sol. Je vis frémir les ailes de son nez : elle se remplissait de mon odeur. Enfin, glissant deux doigts entre ma peau et le fin tissu de mon string, elle fit glisser le dérisoire vêtement le long de mes jambes. Je sentais bien, à ma plus grande joie, qu'elle en profitait pour me caresser les cuisses au passage, puis les mollets.

Agenouillée devant moi, elle demeura dans cette attitude de totale soumission. Elle leva vers moi un visage à l'expression soumise, apeurée, comme si elle redoutait une quelconque agressions. C'était troublant, comme irréel.

Sans penser à rien, je me mis à ondoyer lentement, me balançant d'une jambe sur l'autre, lui offrant mon corps à présent entièrement nu. Je n'étais plus animée que par un seul désir : plaire, séduire ! Oui, je voulais séduire cette femme merveilleuse, faire en sorte qu'elle m'admirât moi aussi, qu'elle me désirât encore et encore. Je passai mes mains dans ma chevelure pour la faire bouffer tout en m'exhibant aux regards enfiévrés de Christine qui semblait se délecter de ce spectacle. Je posai ensuite les mains sur mes cuisses que je parcourus lentement avant de les faire remonter vers mes seins que je me mis à caresser en un ample mouvement tournant. En même temps, j'imprimai à mon bassin un mouvement d'arrière en avant, écartant les cuisses pour mieux mettre en évidence ma vulve qui recommençait à me démanger furieusement. La voix de Christine, écrasée, rauque, mais sonore se fit entendre :

-Dominique ! Dieu que tu es belle !... C'est... c'est diabolique, jamais je n'aurais cru... ce... ce n'est pas possible !... je...

Elle commençait à se redresser, il me sembla qu'elle allait tenter de se reprendre, ce que je ne voulais à aucun pris.

-Lèche ! Ordonnai-je, presque méchamment en lui tendant ma cuisse. Mon genou vint s'encastrer entre ses seins. Subjuguée, Christine s'empara de mon mollet qu'elle serra comme s'il se fût agi d'une bouée de sauvetage et, fermant les yeux, se mit à me lécher la cuisse. Seuls les deux premiers aller et retour de sa langue furent indécis : très vite, le mouvement s'amplifia et la pression s'accentua. J'avais l'impression que sa langue s'élargissait à chaque passage et qu'elle allait se mettre à me lécher tout le corps.

Interrompant ses coups de langue, elle s'empara brusquement de mes fesses qu'elle enserra avec fermeté ; elle sembla scruter un instant mon pubis comme si elle cherchait à y déceler un insondable mystère. Elle examina mes lèvres, ma toison, les contours de ma vulve, l'orifice qui suintait doucement son plaisir. Elle semblait hyper concentrée. Au bout de quelques secondes de cet étrange examen, elle se mit à parcourir mes lèvres de ses doigts qui tremblaient légèrement. Me reculant un peu, je posai mes fesses sur le bord du divan tout proche. Ce nouvel appui, bien opportun, me permit d'assurer ma position et d'ouvrir bien davantage les cuisses afin de mieux offrir ma vulve à la curiosité anxieuse de mon étrange partenaire.

-Dominique!...Dominique!... balbutia-t-elle en hochant la tête, ce n'est pas vrai...Oh, mon Dieu!

Elle approcha délicatement le nez de ma vulve offerte et, ouvrant ses narines en grand, absorba l'odeur poivrée qui en émanait. Elle sembla s'en repaître, fermant un instant les yeux pour mieux savourer. Elle enfonça ensuite résolument son nez dans ma toison ruisselante, fourragea un moment à l'entrée de ma grotte, puis, presque brutalement, referma ses mâchoires sur ma vulve. Il y eut comme un moment de désarroi fort bref, puis elle se mit à mâchouiller mes grandes lèvres avec une vigueur croissante. Le feu du désir se répandit aussitôt dans tout mon corps. Je sus qu'il me faudrait lutter pour ne pas m'embraser instantanément. Ses lèvres et sa langue étaient brûlantes, c'était délicieux, fort, trop fort, j'étais au bord de l'orgasme. Elle aspirait à présent mes lèvres dans sa bouche pour mieux les triturer, les mâchouiller, puis elle les relâchait pour les reprendre et les étirer d'avantage. C'était horriblement délicieux !

Et puis soudain, s'enhardissant, elle plongea ses doigts réunis dans mon orifice béant, dégoulinant, écarta les chairs tuméfiées, trouva mon petit bouton rose qu'elle emprisonna aussitôt entre ses lèvres brûlantes. Je ne pus réprimer un cri de vive jouissance. Elle se mit à titiller mon clitoris qui venait de doubler de volume, tout durci, tout endolori, tout frétillant. Elle lui distribua une rafale de petits coups de langue brefs et précis, puis, disposant sa langue en gouttière, coulissa le long du petit pénis affolé.

Je réprimai à grande peine l'orgasme qui montait. Je sentais les masses rondes et chaudes de ses gros seins qui enserraient une de mes cuisses. Je ne parvins pas à me contenir plus longtemps. Soudain, tout devint noir, puis des milliers d'étoiles éclatèrent, mon corps perdit ses limites, mes jambes, largement ouvertes, grimpaient vers un ciel enflammé, des éclairs parcouraient mes membres écartelés, tout se figea un bref instant avant que n'éclate le bouquet central : la grande poche dans mon vagin creva d'un coup, libérant son contenu qui se précipita au dehors en un éclaboussement triomphant que Christine reçut en pleine figure, maculant son nez, ses joues, ses cheveux, avant de dégouliner sur son menton puis de glisser le long de son cou. À travers une brume cotonneuse, je crus entendre :

-Ouiii !... Dieu que c'est beau !... Dieu que c'est bon !... Dominique, aaah !...

Vacillante, je me laissai choir, à moitié inconsciente.

Lorsque je revins à moi, j'étais étendue de tout mon long sur le divan, Christine à demi couchée sur moi me regardait intensément. Ses yeux exprimaient une infinie tendresse, un étrange mélange aussi de triomphe et de joie reconnaissante, ce qui me bouleversa. Son visage était tout maculé par mes sécrétions. Ses ailes de nez et ses lèvres étaient toutes maculées. J'en ressentis, stupidement, une bouffée de honte. Mais Christine se blottit contre moi et, enfermant mon visage entre ses mains, me baisa goulûment les lèvres. Sa langue, toute chargée de ma crème d'amour, chercha le passage puis se mit à lécher la mienne, la poursuivant avec fougue. Je n'arrivais pas à croire à mon bonheur : j'étais désirée par cette femme que j'admirais, je lui procurais du plaisir, elle était hors d'elle, toute excitée, à cause de moi !

Je serrai Christine dans me bras, à lui rompre les os. Elle me rendit mon étreinte. J'étais au ciel, à n'en pas douter, au septième ciel !

  1. Obstacles. Notre situation n'allait pas être simple : eu égard à la haute fonction qu'occupait Christine, il était hors de question que nous affichions notre relation. Une bien grande tolérance était certes apparue ces dernières années en matière d'homosexualité, mais les véritables bénéficiaires de cette évolution des mentalités ne se comptaient qu'exceptionnellement au-delà de la classe moyenne, et jamais sans difficultés. Le préjugé à l'égard des adeptes de Sapho restait tenace, nous en étions conscientes.

Nous avions décidé que, même en dehors du ministère, nous ne nous rencontrerions que dans des conditions d'absolue discrétion. Nous mettrions à nous voir toutes les précautions requises. C'est une véritable double vie qui s'imposait ainsi à nous : d'une part, la vie publique, officielle, réglée, avec son rituel et ses automatismes bien huilés, où seuls comptaient efficacité et rigueur, et, d'autre part nos rencontres discrètes et fugitives. Ce secret que nous partagions nous unissait plus sûrement que toute éventuelle ambition que nous aurions pu concevoir.

Au Ministère, nous nous comprenions au moindre regard ; le geste le plus furtif était chargé de sens et je m'empressais, à chaque occasion, de donner la suite - discrète ou officielle - que Christine attendait. Notre puissance de travail s'en trouva accrue et nous n'eûmes qu'à nous en féliciter. Le volume des tâches qui m'étaient confiées avait d'ailleurs considérablement augmenté, et il n'était pas rare que Christine me demandât de recevoir un visiteur de moyenne importance à sa place. Les comptes-rendus que je lui adressais de ces entretiens - faits dans la plus totale irrégularité - lui donnaient entière satisfaction, du moins me l'affirma-t-elle.

Il faut dire qu'elle m'avait enseigné l'art de synthétiser le contenu d'une entrevue avec une précision et une rigueur exemplaires, et les nombreux exercices qu'elle m'avait imposés me donnèrent rapidement l'assurance et l'aplomb requis. Christine avait eu la prudence d'informer assez tôt le ministre qui, au vu des résultats, avait marqué un accord purement verbal, tout en précisant qu'il ne nous couvrirait nullement en cas d'incident. J'occupai ainsi, de façon totalement officieuse, les fonctions de « Secrétaire particulière du Chef de Cabinet de Monsieur le Ministre ». Ce poste - fictif - avait été créé tout spécialement pour moi : de quoi attraper le tournis !

Quant au véritable secrétaire de Christine, un jeune journaliste récemment promu grâce à une recommandation venue d'en haut, il avait suffi à Christine de lui présenter mon apport comme un simple adjuvant dont il ne pourrait que tirer profit. Il accepta, presque avec reconnaissance. Il faut dire que le garçon était si évidemment amoureux de sa patronne que c'en était risible. À chaque fois qu'il venait prendre ses instructions, ses yeux papillotaient comiquement et on le sentait fébrile et gauche.

Le matin, lorsque nous nous répartissions les rendez-vous de la journée, c'est lui qui, bien entendu, se déchargeait sur moi des entretiens qui ne lui paraissaient dignes que de peu d'intérêt. Lorsque nous étions dans le bureau de Christine, il ne pouvait s'empêcher de la contempler d'un air ravi, affichant perpétuellement un sourire béat et faisant sans cesse rouler son stylo entre ses doigts. Christine parvenait, sans la moindre difficulté apparente, à ne lui adresser que des regards froids, clairs et directs, tout en lui tenant des propos aussi techniques et précis que possible.

De temps à autres, il prenait la liberté de venir me voir dans mon petit bureau pour bavarder un peu. En réalité, le sujet de conversation fut très vite toujours le même. Après avoir feint de s'intéresser à un quelconque dossier, il me questionnait sur Christine, cherchant à se faire une idée de ses habitudes de travail, de ses tics et manies éventuels, de ses exigences particulières. Il avait du se rendre compte que le tandem que nous formions fonctionnait efficacement. À l'évidence, la chose le préoccupait. J'étais persuadée qu'il crevait de jalousie. Je répondais d'ailleurs à ses questions de façon évasive, espérant le décourager, surtout lorsque celles-ci se firent plus précises.

Durant tout un temps, il chercha en effet à se faire de Christine une image plus personnelle, plus privée. Il voulut connaître ses goûts, savoir si elle allait au théâtre, à l'opéra, si elle aimait le sport, si elle en pratiquait l'un ou l'autre, etc. Il s'enhardit jusqu'à me demander qui elle fréquentait en privé. Après quelques temps, ayant réalisé qu'il n'avait aucune chance d'obtenir quoi que ce soit de Christine, son attitude à mon égard évolua. Il se mit à me féliciter - fort courtoisement d'ailleurs - sur mon efficacité au travail, sur mon dévouement, ma disponibilité, puis sur ma tenue, sur « le goût très sûr » avec lequel je décorais mon bureau. Il en arriva bien vite à me complimenter sur ma tenue, mon élégance, puis mon parfum, mes yeux, ma silhouette ; bref, il me faisait la cour.

-Vous êtes une très belle femme, vous savez, Dominique ! m'avait-il dit un jeudi, pendant la pause de midi qu'il était venu passer dans mon bureau. Il avait accompagné son compliment d'une ?illade éloquente vers ma poitrine. La situation se compliquait : il me draguait à présent. Avait-il renoncé à attirer l'attention de Christine ? Rien n'avait changé pourtant dans son comportement à son égard : il continuait de la manger des yeux et de se troubler en sa présence. Cherchait-il à s'approcher d'elle par mon intermédiaire, voire à la rendre jalouse en me séduisant ? J'étais perplexe. Il me sembla utile de décourager le bonhomme.

-Où voulez-vous en venir, Hubert ? lui demandai-je, affichant un air désabusé. -Oh ! mais nulle part ! affirma-t-il sans se départir de son assurance. Je ne faisais que souligner une évidence ! Et il appuya ses propos d'un sourire de loup affamé.

Il marquait un point ! Mais je ne me laissai pas décontenancer.

-Je vous remercie mais, voyez-vous Hubert... - et je me lançai dans un mensonge éhonté - mon ami actuel est un être merveilleux, il me donne tout que je suis en droit d'attendre d'un partenaire et, pour votre gouverne, il est jaloux comme un tigre.

-Ne vous emballez pas, Dominique, je...

La porte du bureau s'ouvrit brusquement pour laisser passer Christine qui, en un clin d'?il, avait deviné ce qui se passait. Il faut dire qu'Hubert se trouvait encore assis, on ne peut plus familièrement, sur le coin de mon bureau, ce qui lui permettait de plonger tout à loisir dans l'échancrure de mon chemisier et de me reluquer à sa guise.

La phrase tomba, nette et précise : -Pas de ça ici, Hubert !

Livide, il déglutit bruyamment, se mit à papilloter des yeux bien plus encore qu'à l'ordinaire, chercha une excuse qui ne vint pas puis, sautant sur ses jambes, fila vers son bureau sans demander son reste.

Le regard que m'adressa Christine me tétanisa. Je sentis mon estomac se nouer et une boule d'angoisse me serrer la gorge. C'est d'une voix dure, serrée qu'elle me dit : -Dominique, je voudrais que vous remettiez ce pli au ministre... immédiatement !

Le ton était impersonnel, administratif, mais nettement plus sec qu'à l'ordinaire. Elle tourna les talons et quitta le bureau. Mon nez se mit à piquer et je crus que j'allais fondre en larmes comme une gamine prise en faute.

De tout l'après-midi, Christine ne m'adressa pas un regard. Était-ce par hasard qu'elle ne sollicita pratiquement aucun service de ma part ? Tout en accomplissant mes tâches routinières, je ne pouvais m'empêcher de me remémorer la scène. En fin de compte, je n'y étais pour rien si cet imbécile s'était cru autoriser à me draguer de la sorte. Je pouvais difficilement le flanquer à la porte : il était mon supérieur hiérarchique après tout et, à ce stade, il n'aurait pu être question de parler de harcèlement. Je me consolai toutefois à l'idée que la réaction de Christine me révélait son attachement. Ainsi, déjà, elle ne supportait pas qu'un autre s'approchât de moi. Je m'en sentis flattée, ce qui atténua quelque peu mon désarroi.

En fin d'après-midi, je reçus une visite des plus inattendue : Thomas, le délégué syndical, pénétra dans mon bureau, l'air préoccupé. Après quelques banalités d'usage, il se mit à me poser une foule de questions sur Christine ; il voulait savoir la manière dont elle me traitait, si elle ne se montrait pas tyrannique, si elle ne me surchargeait pas de travail, si elle ne me harcelait pas d'une façon ou d'une autre... J'acquis très vite la conviction qu'il s'était persuadé que Christine abusait de la situation, la chose ne semblait faire aucun doute à ses yeux.

Agissait-il par sollicitude ou... l'idée m'effleura qu'il cherchait à en découdre avec Christine, pour quelque mystérieuse raison qui m'échappait. Ferait-il partie de ces hommes qui supportent difficilement de voir une femme faire preuve de compétence au point de se hisser à un poste élevé ; serait-il misogyne ? Je frémis à l'idée de ce que serait sa réaction s'il savait ce qu'il en était réellement. Quoi qu'il en soit, il ne me parut guère douteux que notre homme se cherchait un casus belli.

Ses soupçons ridicules donnaient toute la mesure de sa profonde incompréhension de la situation. Je me gardai bien de me montrer indignée et, partagée entre une envie folle de lui éclater de rire au nez ou de l'éconduire sans ménagements, je m'efforçai d'afficher le plus grand calme, trop consciente qu'une réaction trop vive de ma part aurait pu réorienter ses soupçons d'une manière bien plus périlleuse.

Visiblement contrarié, sentant bien qu'il n'obtiendrait rien de ma part qui puisse étayer sa thèse, l'?il mauvais, il asséna, avant de quitter rageusement mon bureau :

-La pression hiérarchique, voire l'abus de pouvoir, sont des pratiques inadmissibles, mademoiselle, j'espère que vous en êtes suffisamment consciente !

Le pauvre, s'il avait su ! Mais comment peut-on se fourvoyer à ce point ? J'achevai de me rassurer en considérant que, tout compte fait, sa profonde erreur d'appréciation constituait, pour Christine et pour moi, le plus sûr des remparts.

À peine rentrée, ce soir là, je me précipitai au téléphone et appelai Christine. Je n'obtins pas de réponse. Déçue, irritée, je tournais en rond dans mon petit appartement, n'arrivant ni à lire ni à m'intéresser aux nouvelles diffusées à la télé. Une seconde tentative, vers 20 h, s'était avérée également infructueuse et je demeurais là, à me ronger les sa ngs.

La sonnerie du téléphone retentit comme j'achevais mon frugal repas. C'était Christine ! À l'audition de sa voix, je sentis à nouveau mon estomac se nouer. Je m'aperçus que j'étais folle d'inquiétude.

-Dominique ? La voix était un peu écrasée, comme inquiète. -Oui, Christine, je... j'ai essayé de t'appeler, je...

-Écoute-moi !... Je voulais te dire : j'ai sans doute eu une réaction un peu vive tout à l'heure et... je... ne t'en fais pas ma chérie, tu n'y es pour rien...

-Oh ! Christine, fis-je, avec une voix de petite fille, j'avais si peur que tu ne m'en veuilles, que tu n'ailles t'imaginer...

-Que tu te sois laissée séduire par Hubert ?... Non !... elle eut un petit rire cristallin. Non, j'ai simplement été... un rien jalouse, voilà tout. Pardonne-moi si je t'ai inquiétée. Et elle poursuivit : D'ailleurs, pour me faire pardonner, je t'invite à la campagne, ce week-end.

Je ne pus réprimer une explosion de joie :

-C'est vrai ? À la campagne... tu connais un endroit ?... -Un vrai nid d'espions, tu verras. Je passe te prendre à 10 h ! Sois prête !

-Oh, Christine, je... Mais elle avait raccroché. Bien plus que soulagée, j'étais maintenant toute excitée à l'idée de me retrouver, pour tout un week-end, dans l'intimité de la femme que je m'étais mise à aimer comme une folle. Je n'arrivai pas à trouver le sommeil, ma pensée toute emplie de l'anticipation de mille caresses, mille douceurs, mille étreintes.

  1. Le nid.

L'établissement était assez retiré, il fallait, pour y accéder, emprunter un chemin de traverse pierreux et plutôt sinueux. Seule une petite plaque à la peinture écaillée, plus très lisible, plantée au bord de la nationale, renseignait le petit hôtel vieillot qui n'était d'ailleurs plus repris dans aucun guide ou dépliant touristique depuis plusieurs années. Les tenanciers, un couple assez âgé d'émigrés bulgares portait le curieux nom de Zorimba. Plutôt sympathiques, ils étaient visiblement habitués à recevoir une clientèle qui recherchait le calme, la tranquillité et... la discrétion.

Christine connaissait le lieu pour s'être trouvée dans la nécessité de procurer à son ministre un discret nid d'amour afin d'abriter l'une de ses nombreuses frasques. À l'époque où elle avait découvert ce havre au cadre désuet, démodé, mais agréable et fort bien isolé, elle était loin de se douter qu'elle en userait un jour pour son propre compte.

C'était moi qui avais réservé et avais, dès notre arrivée, signé la fiche d'hôtel sous un nom fantaisiste. L'endroit était charmant. Le bâtiment, entièrement construit en pierres du pays, était entouré d'arbres de hautes futaies et d'essences diverses. Il n'y avait d'autre accès que le chemin rocailleux par lequel nous étions arrivées. Pas de voisins à des kilomètres à la ronde : la cache idéale ! Nous n'étions pas trop éloignées de la capitale : au sortir des 60 kilomètres d'autoroute, il ne nous avait fallu parcourir la nationale que sur une dizaine de kilomètres avant d'emprunter le chemin privé qui nous avait conduit à destination.

La chambre qui nous avait été dévolue était spacieuse, entièrement lambrissée, pourvue d'énormes radiateurs qui frissonnaient en émettant de temps à autres de petits claquements métalliques. Le papier à tapisser représentait d'immenses chrysanthèmes stylisés, à l'ancienne, ainsi que les épaisses tentures aux mêmes motifs mais aux tons inversés. Se dégageait de l'ensemble une agréable impression de confort douillet qu'une odeur de vieille boiserie venait confirmer. C'était comme un plongeon dans le passé qui accentuait encore notre impression d'isolement.

Tout était en bois dans cette vénérable demeure, de la vaste salle à manger pourvue d'épaisses tables rustiques aux six chambres réparties sur les deux étages en passant par la superbe cage d'escalier en chêne ouvragé. Les épais tapis qui couvraient le sol de la plupart des pièces n'arrivaient guère à absorber les craquements d'un parquet passablement vétuste. L'endroit me plut aussitôt.

Nous prîmes un repas léger mais qui s'avéra, dans sa simplicité campagnarde, tout bonnement délicieux. J'avais hâte de nous retrouver dans la chambre, chaude, douillette, où nous attendaient des délices d'une autre nature que l'excellente omelette aux champignons des bois que nous venions d'absorber.

Christine et moi prenions apparemment le même plaisir, un rien pervers, à différer le moment où nous nous retrouverions là haut, seules enfin, libres de nous dire et de nous faire tout ce qui nous serait à nouveau interdit dès le lendemain. J'avais, vers la fin du repas, failli cédé à l'envie de poser ma main sur celle de Christine, mais je m'étais ravisée, par respect pour nos règles : rien, absolument rien d'intime en dehors du plus strict isolement. Elle faisait tournoyer délicatement le peu de vin qui restait au fond de son verre et me regardait avec tendresse, un léger sourire sur ses lèvres à peine maquillées. Son regard avait une profondeur inhabituelle, une densité particulière et il me sembla que ses yeux jetaient des feux obscurs, chargés de sensuelles promesses.

Je sentis monter en moi une première vague de désir pour cette créature superbe, cette femme exceptionnelle, cette beauté rare qui était là, pour moi, pour moi seule, qui allait bientôt me prendre dans ses bras, me baiser les lèvres, me dévêtir, me regarder, me caresser, me peloter selon son gré, faire de moi ce qu'elle voudrait. J'aspirais à me laisser fondre entre ses bras divins, à ruisseler d'amour le long de ses jambes sculpturales. Je sentis mes seins se gonfler d'un désir impatient, mes pointes venaient de se durcir et mon ventre était déjà envahi par une douce chaleur. Je savais pourtant, à la lumière de ce qui s'était passé lors de nos premiers ébats, que les choses se dérouleraient plus vraisemblablement selon un scénario légèrement différent. Je connaissais le blocage qui bridait Christine dans ses élans, et je n'étais pas du tout persuadée que nos premiers attouchements avaient suffi à lever ses inhibitions.

Ce serait probablement moi qui aurais à dévêtir ce corps merveilleux, qui aurais à plonger mon regard admiratif sur ses seins superbes, qui aurais le privilège de les dénuder, de les bécoter, de les pétrir, de les lécher, avant de parcourir tout son corps. Ce serait moi qui devrais, une nouvelle fois, diriger les opérations. Ce n'était pourtant pas ce rôle que je me serais attribuée, même s'il s'agissait là d'une fonction ô combien enviable, d'un privilège inespéré. J'avais vécu nos premiers ébats comme une inversion des rôles. Les ordres que je m'étais permise de donner à Christine, ma patronne, ma maîtresse, ma reine, même s'ils avaient abouti à nous procurer un vif plaisir, ne m'en semblait pas moins frappés d'une inacceptable illégitimité. C'était à Christine que revenait, de plein droit, le privilège de guider, de diriger nos ébats. L'esclave, c'était moi, ce devait être moi.

Comme si Christine avait voulu illustrer mes pensées, je vis, non sans appréhension, apparaître dans son regard enfiévré cette sorte de crainte, cette sourde angoisse qui avait préludé à nos premières caresses. Mue par le même type d'impulsion, je décidai de prendre les choses en mains. De toutes façons, mon désir était tel que j'aurais fait n'importe quoi pour que Christine se sentît bien et vécût pleinement les doux moments auxquels nous nous préparions.

-Vide ton verre ! lui dis-je.

D'une certaine façon, je brisais le tabou : le tutoiement, le ton, le regard sévère dont j'avais appuyé mon injonction, tout cela était un avant-goût, résolument prématuré, de ce que nous allions vivre.

Le visage de Christine s'empourpra en un instant. Je vis une lueur inquiète traverser ses beaux yeux soudain agrandis. Elle jeta un regard furtif à gauche, puis à droite : personne ! Ce constat sembla la rassurer. Pourtant, sa respiration s'était accélérée et je vis, pour mon plus grand ravissement, sa poitrine se soulever en cadence. Ses deux mains étaient crispées sur son verre et elle me fixait d'un regard brûlant, presque suppliant.

Puis soudain... je faillis crier de surprise tant la chose était inattendue : je sentis, sur ma cuisse gauche, l'empreinte d'un pied. Par-dessous la table, Christine venait d'appuyer la plante de son pied dénudé sur ma cuisse. Sans attendre, celui-ci glissa vers le haut, se fraya un chemin entre mes cuisses et entra en contact avec ma vulve. J'écartai aussitôt les jambes afin de faciliter la délicieuse intrusion. Christine me massait vigoureusement la vulve au moyen de ses orteils, à la manière d'un chat qui vous laboure le ventre avant de s'y installer. Délectable caresse ! Mon excitation monta immédiatement d'un cran.

Enfonçant mes fesses dans les coussins du confortable fauteuil, je poussai mon pubis à la rencontre du pied inquisiteur, m'agrippant aux bords de la lourde table afin d'assurer ma position. Christine affichait un air buté, une expression presque sauvage qui me fustigea, La caresse se prolongeait, je fis ondoyer mon bassin, je réalisai que j'étais déjà presque sur le point de jouir.

L'éclairage de la pièce se modifia brusquement et je réalisai, non sans effroi, que la porte venait de s'ouvrir et que la patronne de l'établissement s'avançait, d'un petit pas claudicant, vers notre table, nous souriant d'un air affable. Elle avait choisi son moment ! Elle s'enquit de savoir si tout allait bien, si nous ne manquions de rien. Je refoulai un orgasme naissant et pris une grande respiration pour me calmer. Je me rappelai opportunément, et à mon grand soulagement, que notre table était recouverte d'une ample nappe qui descendait pratiquement jusqu'au sol.

J'avais craint une réaction intempestive de Christine, mais elle ne m'avait pas quitté des yeux et avait maintenu son pied bien en place sur ma vulve. Je répondis poliment à la brave vieille que tout était parfait, que nous ne manquions de rien et que d'ailleurs... (je faillis ne pouvoir réprimer un petit cri : Christine venait de resserrer ses orteils, augmentant sensiblement la pression sur mon sexe)... que d'ailleurs, nous allions bientôt monter nous coucher. Après m'avoir décerné un sourire charmant, l'adorable petite dame entreprit de débarrasser la table. Elle glissa ses doigts noueux sous le bord de nos assiettes, les empila sur son bras grêle et s'empara de mon verre vide avant de s'en retourner en clopinant vers sa cuisine.

-Bonne nuit ! fit-elle d'une petite voix où perçait, me sembla-t-il, une pointe d'ironie.

Christine semblait avoir pris la décision de me faire jouir là, sur place, tout de suite. En attestaient à suffisance son regard décidé et la moue farouche qui se dessinait sur son visage. Nous demeurâmes encore assises un bon moment, à nous manger des yeux. Je voulus glisser une main sous la table afin d'écarter le tissu de ma petite culotte, mais Christine me fit un très léger « non » de la tête et je figeai mon geste. Là, je me sentais à ma place : j'étais son esclave obéissante.

Ce simple petit signe de la tête, à cause sans doute de ce qu'il impliquait, me fouetta les san gs et, l'instant d'après, je sentis la chaleur se répandre dans tout mon corps, mes yeux se révulser et mon vagin exploser. Je réprimai un cri de jouissance. Encore toute palpitante, je me laissai aller en arrière sur le dossier du confortable fauteuil qui m'accueillit avec un « pouf » complice. Je laissai mes sens se calmer un peu puis rouvris les yeux. Christine me regardait avec une expression de triomphe ; un étrange rictus barrait le bas de son visage. Elle savourait le spectacle que je devais offrir d'une fille pantelante, essoufflée, l'?il encore vitreux. À l'évidence, elle y prenait un vif plaisir, ce dont je me félicitai.

Lentement, elle me tendit la main, souriant avec tendresse, son regard n'avait rien perdu de son acuité. J'avançai le bras et nos mains se rencontrèrent. Je ne sais laquelle de nous deux serrait le plus fort. C'était un moment rare, intense.

Nous nous levâmes presque en même temps, d'un même mouvement, sans nous quitter des yeux. C'était moi qui avais à passer devant elle afin de gagner la porte de la salle à manger. Mais au lieu de me diriger vers la sortie, j'allai droit sur elle. Je m'immobilisai de telle sorte qu'il ne demeurât entre nos poitrines qu'un espace infime. Son regard avait repris cette expression quelque peu angoissée que je connaissais bien à présent et il sautait d'une de mes pupilles à l'autre. Son souffle était court, sa bouche s'était entrouverte sur ce rictus douloureux qui était à nouveau apparu à la naissance de son nez. Elle était bien excitée. Abandonnant mes pupilles, elle laissa tomber les yeux sur mes seins. Son regard se fit aussitôt gourmand, ce qui me procura une bouffée d'orgueilleuse excitation. Je me cambrai aussitôt, gonflai ma poitrine et jetai les épaules en arrière comme en un mouvement de défi. Christine se mordilla les lèvres et je la vis qui, comme par puéril mimétisme, gonflait également les seins pour se mettre en valeur.

Mes yeux allaient de son regard enfiévré à ses seins qui palpitaient, que je sentais vibrer contre la mienne. Nos bustes entrèrent en contact, ce fut un moment magique. Je me mis à frotter très doucement mes rondeurs contre les siennes. Elle me répondit aussitôt, avec la même retenue. C'était fascinant, nous étions là toutes deux, crevant de désir, en train de frotter nos grosses poitrines l'une sur l'autre. Le tissu de son chemisier était tendu à craquer : ses seins devaient bander autant que les miens.

Je sus que Christine avait, tout comme moi, tout comme pas mal de femmes aux rondeurs avantageuses, fait de ses seins une zone érogène privilégiée. J'avais déjà eu l'occasion de recueillir à ce propos les confidences de copines de lycée ou de collègues féminines. Mais ça, ce frisson, cette vibration presque tangible, ce puissant émoi, ces sens en délire, cet ?il prêt à chavirer, cette volonté d'exhiber aussi ostensiblement une poitrine qui, je n'en doutais pas, devait faire l'objet de soins méticuleux, ça ne pouvait appartenir qu'à une accro. Christine et moi étions, sur ce point, de véritables s?urs. Cette conviction qui s'imposait là m'inonda d'une grande tendresse à l'égard de ma compagne, mon alter ego. Nous prenions un égal plaisir à nous défier ainsi, à nous caresser sans user de nos mains, au moyen de ce qui était indubitablement notre atout majeur à toutes les deux.

C'est moi qui brisai le charme. M'emparant de la main de Christine, je l'entraînai à ma suite : -Viens ! lui dis-je simplement.

L'escalier, comme dans la plupart des vieilles demeures, était fort raide ; les marches, assez hautes, n'étaient de surcroît pas bien profondes. En conséquence, Christine, qui me suivait, avait le nez juste à hauteur de mes fesses, et n'en était éloignée que de quelques centimètres. Sérieusement excitée par notre insolite séance de séduction dans la salle à manger, je ne pu résister à l'envie soudaine de la provoquer quelque peu.

-C'est raide, hein ! fis-je d'un ton enjoué. -Ben plutôt, oui, me répondit-elle, amusée.

Ostensiblement, je ralentis ma progression et, poussant les fesses vers l'arrière, j'accentuai mon déhanchement. Je savais que Christine regardait mes fesses, que, peut-être, elle aurait aimé les pétrir. Pour ma part, je crevais d'envie qu'elle le fasse. Je voulais sentir ses doigts se refermer sur ma chair offerte, je voulais qu'elle arrache ma culotte, qu'elle s'insinue dans mon tunnel déjà ruisselant, qu'elle enfonce un doigt, puis deux, dans mon con et puis dans mon cul aussi pour me faire jouir comme une salope. Dieu, que j'étais excitée ! J'entendis une petite voix rauque qui, à peine audible, protesta un peu mollement :

-Dominique, arrête ! La prenant au mot, je m'immobilisai malicieusement au milieu de l'escalier, les fesses brandies, le cul ouvert.

-D'accord ! dis-je, rieuse. Christine éclata de rire et, m'infligeant une claque sonore sur la fesse, m'intima l'ordre de poursuivre.

-Allez, avance ! fit-elle, à travers son rire.

La claque m'avait galvanisée et, en même temps, me permit de me ressaisir tant soit peu. Oui, il valait mieux différer encore ce contact que mon corps réclamait à grands frissons. Je franchis vivement les dernières marches et, sans attendre Christine, je me précipitai à l'intérieur de la chambre. Je me plantai en plein milieu de la pièce et, face à la porte, attendis, toute frémissante, telle une collégienne. Le panneau de la vénérable porte couina sur ses vieux gonds et Christine apparut, beauté resplendissante dans l'éclairage tamisé de notre chambre.

Lentement, elle vint me rejoindre. Nous étions toutes deux bien excitées déjà et nos joues en feu ainsi que nos respirations courtes et fortes en attestaient à suffisance. Nous demeurâmes là un long moment, immobiles, à nous contempler, l'air grave, comme recueillies.

Par un étrange phénomène qui ne doit probablement rien au hasard, nous eûmes toutes deux en même temps le premier geste : celui de nous caresser mutuellement le visage. Délicatement, nous effleurâmes d'abord nos joues, puis, du dos de la main, nos fronts avant de descendre vers nos lèvres. C'était hallucinant : nous agissions en parfaite symétrie, comme si nous étions face à un miroir. Nos mains poursuivirent leur descente et, après avoir caressé nos cous au passage, s'immobilisèrent dans l'échancrure de nos chemisiers, à la naissance de nos seins.

Très lentement, je me mis à déboutonner la blouse gonflée de Christine qui se laissa faire sans broncher. Mon excitation grandissait à mesure que je voyais apparaître les deux globes compacts, couleur de miel. Christine avait choisi un malicieux petit soutien en satin, très joliment orné de fine dentelle, mais nettement trop petit. La provocation érotique qu'elle en attendait ne dut pas la décevoir : à la vue de ses deux gros seins qui débordaient de l'étroit vêtement, je fus saisie d'une sorte de tremblement. Mon souffle se fit rauque, il me fallut déglutir tant ma gorge s'était asséchée, mes mains bondirent à la rencontre de la chair insolemment offerte mais, rapide comme l'éclair, Christine, attrapa mes mains au vol et les immobilisa. Son regard exprimait une sorte de triomphe fiévreux.

-Attends ! murmura-t-elle. -Oh, Christine ! fis-je, tu es... -Chht ! attends ! À moi maintenant.

Abandonnant mes mains, Christine entreprit de me déboutonner. Une sorte de frisson me parcourut lorsque je vis son regard, qu'elle s'efforçait de rendre impassible, se troubler, puis ses yeux s'agrandir lorsqu'elle eut découvert mes seins enfermés eux aussi dans un soutien-gorge qui les faisait saillir de manière arrogante. Fièrement, je me cambrai, toute frémissante. Christine eut le même geste vers ma poitrine. J'avais beau m'y attendre, elle fut plus rapide : deux mains fermes s'emparèrent de mes seins avant que j'aie pu les intercepter. Je ne m'en désolai nullement ! Je laissai les mains de Christine parcourir ma chair tout à loisir.

Après un instant, gonflant mes poumons, j'avançai ma poitrine en désir à la rencontre de ces mains qui s'étaient mises à pétrir mes rondeurs avec une vigueur fébrile. Fermant les yeux, je m'abandonnai à ces délicieuses caresses. Je sentis mon bas-ventre s'embraser à nouveau, mes seins fourmillaient, s'épanouissaient sous les tendres caresses des mains fines de ma compagne. Ouvrant les yeux, je me ressaisis.

-Dégrafe-toi ! chuchotai-je, impatiente soudain de la voir nue, de la contempler.

Le mouvement qu'elle fit pour dégrafer son mini-soutien fit pigeonner sa poitrine, en accentuant encore les courbes sensuelles. Je m'émerveillai de voir s'épanouir sous mes yeux les deux balles de chair qui se dandinèrent un instant avant de trouver leur position. Les larges aréoles me regardaient à nouveau de cet air goguenard qui m'avait jetée dans un tel émoi la première fois. Mon c?ur se mit à battre à tout rompre. Toute à mon admiration, je ne m'étais pas aperçue que Christine, qui m'observait, se délectait du plaisir que je prenais à contempler ses charmes.

-Qu'est-ce que tu es belle ! dis-je, d'une petite voix timide. Oh, Christine ! Dieu que tu es... tu es magnifique !...

Je vis le sa ng lui monter au visage : elle rougissait sous le compliment, comme une gamine ! J'en fus toute attendrie.

Elle avait à nouveau les yeux fixés sur ma poitrine. Je portais un soutien qui s'ouvrait par devant : en un tournemain, je fis sauter la fermeture et brandis fièrement mes seins vers Christine dont le visage vira à l'écarlate.

-Dominique ! mais qu'est-ce que tu es belle !...C'est pas vrai !... Je n'ai jamais rien vu d'aussi sexy, d'aussi excitant... Elle haletait, le souffle court, la voix rauque.

Avant que j'aie pu esquisser le moindre geste, elle s'était emparée de mes seins qu'elle écrasait l'un sur l'autre tout en enfonçant ses pouces dans mes aréoles, ce qui m'arracha un gémissement de plaisir. Après avoir littéralement dévoré des yeux ma poitrine ainsi emprisonnée entre ses doigts, elle enfonça soudain son visage entre mes seins avant de se mettre à leur distribuer de larges coups de langue voraces tout en les triturant. Je me laissai ainsi délicieusement malmener et, prenant la tête de Christine entre mes mains, je l'appuyai sur mes melons afin d'accentuer les voluptueuses sensations qui me parcouraient toute. Délectables caresses qui me mettaient en transes ! Je levai la tête, les yeux révulsés : l'orgasme était là que je laissai m'envahir sans réserve.

S'étant aperçue que je jouissais, Christine entreprit de me débarrasser de ma jupette et de mon slip, ce qui fut fait en un tournemain. Avant de laisser choir sur le sol ma petite culotte toute maculée, elle y fourra son nez et la huma fortement. Dès que je fus nue, elle me souleva avec une puissance que je ne lui soupçonnais pas et me jeta sur le lit qui émit une molle protestation grinçante. Avec fièvre, elle fit glisser sa jupe sur l'épais tapis puis se débarrassa de son slip.

Lorsqu'elle se redressa, je me dis que j'avais décidément sous les yeux la plus belle femme du monde, avec son visage harmonieux, son nez droit, légèrement pointu, ses lèvres charnues, son menton volontaire, le tout surmonté de cette superbe chevelure ondulée qui balayait à présent sa nuque et mangeait une partie de son visage; avec ces épaules bien dessinées, ces longs bras fins et musclés, ces mains de pianiste; avec son long torse sur lequel trônaient les plus beaux seins que j'avais jamais vus, amples, généreux, chargés d'une incroyable sensualité ; avec ce ventre plat qui laissait deviner une solide musculature, avec ces longues jambes aux courbes admirablement dessinées ; avec enfin ce nid d'amour rehaussé d'une élégante toison frisottante... Non !

Je ne crois pas qu'il y eût plus belle femme au monde ! Et ce trésor absolu était là, pour moi ! Inconcevable bonheur ! Je crus rêver lorsque cette merveilleuse créature vint me rejoindre sur le lit. Elle enjamba souplement mon corps alangui et, un genou enfoncé de chaque côté de mes hanches, me dominant de toute sa hauteur, me dit en rougissant :

-Montre-toi ! L'émoi que je ressentis à l'audition de son injonction ne me laissa aucun doute : là, j'étais à ma place, dominée, recevant des ordres, heureuse de m'y soumettre.

Ramenant les mains dans ma chevelure que je fis bouffer, je me mis à faire ondoyer mon corps sous le regard gourmand de Christine qui, à mon grand étonnement, se mit à se masturber sans la moindre fausse pudeur. Rentrant mon ventre pour mieux pousser mon pubis vers l'avant, j'écartai les cuisses pour offrir aux yeux attentifs de ma compagne le spectacle de la femme amoureuse que j'étais, soumise, en désir, en attente de ses caresses, de son bon vouloir.

  • C'est à toi tout ça ! lui dis-je en la fixant intensément, tout mon corps tendu vers elle en une offrande absolue. Je conçus un regain d'excitation à voir Christine se masturber ainsi juste au-dessus de moi, à cause du spectacle que je lui offrais. L'orgasme s'annonçait à nouveau. Délaissant mes cheveux, je ramenai mes mains autour de ma vulve que je présentai à Christine comme une oblation. Au moyen de mes doigts, j'écartai mes lèvres afin de mieux exhiber le trou rose et béant de mon désir éperdu. Ma vulve montait et descendait vers elle en un appel pressant. Je voulais sentir ses doigts, ses lèvres, dans mon con, dans mon cul, je la voulais, oh ! je la voulais...

Surexcitée, je fis remonter mes mains vers mon ventre que je caressai un instant, remontant vers mes côtes flottantes. Christine haletait au-dessus de moi, elle n'allait pas tarder à jouir, elle aussi. Au bord de l'orgasme, la vue déjà brouillée, je me mis à malaxer mes seins, les entrechoquai, les agitai en tous sens, les écrasai l'un sur l'autre, en pinçai les pointes, les étirai. Je sentis que je perdais toute mesure. Soudain, en même temps que je sentis un poids s'installer sur mon basin, je vis deux grosses boules de chair se balancer sous mes yeux. Je pouvais voir de tout près la chair distendue des seins gonflés par l'attente, les larges aréoles qui me fixaient, étonnées, avides, avec leurs pointes dressées qui, gorgées de sa ng, dardaient, agressives, telles deux pics prêts à m'emboutir, à me blesser. Christine se mit à me gifler le visage au moyen de ses seins. Cela fit de grands « flic, flac ». Dieu, que j'adorai le contact, trop fugace, presque frustrant, de cette chair ferme et souple, chaude et douce. Je tentai d'attraper un mamelon au passage, mais c'était peine perdue : Christine se refusa et poursuivit son délicieux matraquage. Affolée, excitée au dernier degré, je délaissai mes seins et attrapai au vol ceux de Christine que je me mis aussitôt à malaxer avec frénésie.

Elle poussa un petit cri de plaisir et s'empara de mes seins qu'elle se mit à pétrir vigoureusement. Nous nous regardions à présent, éperdues, en train de nous peloter l'une l'autre avec une fougue insatiable, tandis que nos vulves s'entrechoquaient, se frottait convulsivement. J'écrasai en même temps les deux seins de Christine qui couina de plaisir. Les aréoles ainsi prises en étau, déformées par l'écrasement, semblaient me supplier. Je jouis la première, comme une bête. J'arrivai, tout en hurlant mon plaisir, à garder les yeux grands ouverts, ne voulant pas quitter le regard halluciné de Christine, et à continuer de pétrir ses gros seins qu'elle me tendait et écrasait de ses mains pour mieux les offrir à mes caresses. Je sentis le liquide chaud et poisseux sourdre de mon orifice par petites saccades brusques.

Tout se mit à tourner autour de moi, ma vue se brouilla, je crois que je dus perdre conscience un instant. Lorsque je revins à moi, Christine, la tête renversée en arrière, se secouait comme une démente dans l'attente d'un orgasme qui s'annonçait majeur. Me glissant sous elle en souplesse, je me mis à lui lécher la vulve à grands coups de langue. Emprisonnant la vulve ruisselante entre mes mâchoires, je m'emparai prestement de son clitoris à qui j'imposai un feu roulant de petits coups nets et précis du bout de ma langue. En même temps, je pétrissais les fesses musclées de Christine qui se mit à jouir à son tour. J'avais senti venir l'orgasme à la raideur soudaine du corps, à ce suspens, toujours émouvant, qui précède la délivrance. J'ouvris la bouche en grand pour recueillir religieusement le nectar d'amour de ma belle maîtresse. Dès qu'elle se mit à couler, j'absorbai sa cyprine transparente en une série de grands coups de langue gourmands. Dieu, que c'était bon ! Sa mouille, le goût citronné, un peu salé aussi, je l'avalai avec une délectation quasi religieuse.

J'accompagnai Christine dans l'alanguissement qui s'ensuivit et qui marquait la fin de son puissant orgasme. Nous nous retrouvâmes étroitement enlacées, toutes poisseuses de nos sécrétions, encore haletantes et épuisées, mais combien ravies.

  1. Balade champêtre.

C'est un bruit d'eau qui me réveilla. J'ouvris les yeux et compris aussitôt, en voyant la place vide à mes côtés dans le grand lit, que Christine faisait sa toilette matinale. Je m'étirai, bâillai, et attendis que Christine sortît de la petite salle de bains. Après quelques minutes durant lesquelles je m'étais amusée à imaginer l'eau ruisselant le long de son corps, elle pénétra dans la chambre, nue, une serviette nouée autour des cheveux, souriante, superbe. Elle s'approcha aussitôt, s'assit sur le bord du lit et me baisa tendrement les lèvres.

-Que tu es belle ! lui dis-je, sincèrement admirative.

Elle me sourit, posa un doigt en travers de ma bouche pour me faire taire et affirma :

-C'est toi qui es belle, ma Dominique ! Et puis, sans transition : Allez ! va vite te doucher, je meurs de faim.

L'eau fraîche acheva de me réveiller. Je venais de commencer de m'essuyer lorsque je sentis le regard de Christine posé sur mon corps nu. Je me retournai, rieuse :

-Allez ! laisse-moi tranquille.

Mais Christine s'approcha et se mit à me bécoter la nuque en riant. Me débattant, je me mis à la chatouiller un peu partout. S'engagea une petite lutte qui se termina en fous rires. À l'eau de la douche se mêlèrent discrètement quelques larmes de bonheur.

Pendant que Christine prenait son café, à petite lampées, dans l'éclairage un peu cru d'une matinée où un soleil paresseux ne se décidait pas à dégager le ciel plutôt chargé, je me surpris à contempler à nouveau l'harmonie des traits de son visage, le tracé précis de son nez, l'épaisseur de ses lèvres charnues, l'éclat de son teint, le délié de son cou... Quelle belle fille ! Pensai-je, quelle femme exceptionnelle ! Je n'arrivais pas à croire à ma chance. Elle posa sa tasse de café et me lança, avec un sourire coquin :

-Arrête de me regarder comme ça !... Allez, viens, on va faire une balade.

Les patrons nous avaient indiqué un petit chemin, une cinquantaine de mètres en contrebas, vers la nationale, qui partait vers l'est et qui, sur quelques kilomètres, longeait les champs, des prés, puis une rivière. La balade s'avéra des plus agréables, malgré un soleil qui demeurait timide. Après avoir marché pas loin d'une heure dans un décor champêtre tout à fait charmant, nous nous assîmes côte à côte sur un rocher qui surplombait la rivière, un ruisseau en réalité, aux eaux limpides et au trajet sinueux. À part un paysan aperçu dans le lointain, au haut d'une colline, nous n'avions croisé personne. Nous avions le sentiment d'être au bout du monde. Outre le doux murmure des eaux paisibles, divers chants d'oiseaux nous parvenaient, de loin en loin.

-Quelle paix ! soupira Christine après quelques minutes de silence. -Oui, quel calme !... ça fait du bien !

Je laissai aller ma tête sur son épaule. Elle appuya sa joue sur ma chevelure qu'elle se mit à lisser paisiblement. Nous étions toutes deux en short et je ne me lassais pas de contempler la courbe harmonieuse que formait la cuisse de Christine, écrasée sur le rocher. Je posai une main sur cette cuisse agréablement musclée et la palpai tendrement.

-Qu'est-ce qu'on est bien ! murmurai-je. Elle passa son bras par-dessus mon épaule et se mit à me caresser doucement l'avant-bras.

-Tu sais, il y a longtemps que j'attendais ça ! confia-t-elle. -Tu... tu veux dire ?... -Oui ! ça faisait des semaines que je 'observais, que je te guettais, que j'attendais... un signe... un mot... un geste.

Éberluée, je me redressai et la regardai, incrédule. -Tu te fiches de moi ! ce n'est pas possible ! -Eh ! c'est pourtant comme ça ! fit-elle, souriant de toutes ses dents.

Je fus secouée d'une sorte de rire nerveux. -Ben, ça alors ! quand je pense que... -Que quoi ?... fit-elle, mi amusée, mi intriguée.

Je me mis à lui raconter tout ce que j'éprouvais depuis tout ce temps, à quel point j'avais souffert de ce que je prenais pour indifférence de sa part. Cette sorte de confession m'était un soulagement, une délivrance.

-Tu sais Christine, ça fait des semaines que je te désire, que... que je t'aime. Oui, que je t'aime comme...comme une folle. J'avais les larmes aux yeux, j'étais comme une petite fille, éperdue, presque apeurée. Mais comment fais-tu - ne le prends pas mal - pour donner une telle impression d'indifférence, de froideur?... Je n'avais rien deviné, rien senti! Quelle conne je fais!

-J'ignorais complètement tout ça, Dominique ! Je n'imaginais pas... Elle était émue, elle aussi, je le voyais bien, et ce me fut une consolation. S'enhardissant, elle ajouta : Depuis le premier instant où je t'ai vue, j'ai su que quelque chose de fort existait entre nous. Je crois que je t'ai aimée tout de suite, même si j'ai mis du temps à l'admettre.

Son sourire, un peu triste, m'émut plus que tout discours n'aurait pu le faire. Je me blottis dans ses bras. Je m'étais remise à caresser tendrement sa cuisse. Après avoir marqué une courte pause, elle reprit :

-Au début, j'ai cru que c'était purement sexuel. Je te désirais, je l'avoue, pour ton corps : je te trouvais si belle, si bien bâtie, si sexy ! Mais très vite, j'ai réalisé que c'était bien plus que ça, et alors, j'ai commencé à paniquer vraiment ! D'où ma... discrétion.

-Mais alors... J'avais du mal à réaliser. Alors, depuis le début, tu...

-Oui ! Je te regardais à la dérobée. Une fois même... Elle sourit curieusement. Tu étais de garde à l'accueil, dans le grand hall, à la sortie des ascenseurs, je t'ai observée... Elle rit franchement. ... à travers la caméra de surveillance. Je pouffai :

-Quoi ? la caméra de...

-Oui ! c'est plutôt ridicule, non ? En réalité, je ne savais pas quoi inventer pour provoquer... pour faire en sorte que... Elle cherchait à dissimuler sa gêne. Tu comprends ?... Je n'ai jamais touché... une femme avant... avant toi. Cet aveu lui avait mis le feu aux joues. C'était déroutant. J'en fus toute retournée. Elle poursuivit :

-Je ne savais même pas que ça allait m'arriver ! Ça a été si soudain. En réalité, j'ai commencé par lutter contre moi-même. Ça a été terrible, j'étais complètement tiraillée... J'étais même arrivée au bureau un matin avec l'intention de... Elle s'interrompit brusquement et me regarda, très émue.

-Avec l'intention de quoi ? Questionnai-je, inquiète. -De te virer ! Articula-t-elle, sur le souffle. -Oh ! fis-je, choquée. C'est vrai ?

-Eh oui !... Mais quand je t'ai vue, là, devant moi, si belle, à la fois rayonnante et modeste, simple, humble, si vivante, si présente, je me suis mise à t'aimer vraiment. Ça a été comme un bond en avant.

Nous nous regardâmes longuement, avec une ineffable tendresse, sans désir, sans penser à rien, heureuses d'être là, d'être en vie, de nous appartenir. Nous nous sentions transparentes, limpides. Nous écoutâmes un moment le doux murmure du ruisseau qu'accompagnait le chant pointu des oiseaux. Christine reprit :

-Et puis un soir... j'ai fait une première tentative... disons... de séduction. Qu'est-ce que j'ai pu mal m'y prendre !

Je la dévisageai, les yeux écarquillés.

-Quoi ?... tu veux dire...

-Je cherchais à me rapprocher de toi... Je ne savais vraiment pas comment m'y prendre... C'est stupide, non ? fit-elle en souriant de façon ironique, se moquant d'elle-même. -Ben, pas tant que ça ! répondis-je. Tu sais, j'étais drôlement troublée, moi aussi. J'avais du mal à cacher mes émotions. -C'est idiot ! Je ne me doutais pas... -En tous cas, toi, comme comédienne !... -Ça ! on peut dire que j'ai appris à dissimuler mes sentiments et à brider mes émotions. Mais à quel prix ! Quand je pense que j'ai failli t'éloigner de moi... Elle me fixa tendrement, puis ajouta, avec un sourire coquin : Après ce premier échec, j'avais décidé de mettre le paquet. -La seconde séance de massage ! fis-je en riant. -Oui ! Mais ça ne s'est pas du tout passé comme je l'avais prévu. -Ah ? -Non ! J'espérais te faire perdre les pédales en forçant le contact physique. J'étais prête, je me contrôlais parfaitement, et puis... -Et puis quoi ?... J'étais suspendue à ses lèvres. -Et puis, je t'ai vue me regarder. -Oh ! M'exclamai-je, rougissante, prise d'une honte rétrospective. Tu ne dormais pas ! -Non ! Je... je t'observais à travers mes paupières à peine entrouvertes. -Ah, ben ça alors !... -Et c'est là que j'ai compris, à la façon que tu avais de me regarder, que tu en pinçais pour moi. C'était tellement inattendu, tellement inespéré, que je ne savais plus du tout quoi faire. J'étais complètement perdue ! Faute de mieux, j'ai décidé de m'en tenir à ce que j'avais prévu. Au début, j'ai tenu bon, mais j'étais excitée comme une puce. J'attendais... j'espérais... Mais comme tu ne te décidais pas... Oh ! tu n'imagines pas avec quelle plaisir j'espérais que tu me touches. Dès le début du massage, ça a été une épreuve. Je m'empêchais de frissonner, de céder au désir de te serrer contre moi, de t'embrasser... de... ah !... Je voulais que tu me caresses, que tu... Et puis je me suis décidée à enlever mon chemisier pour... pour t'aguicher ! Je voulais que tu me regardes, que tu me désires, mais en même temps, j'avais peur de croiser ton regard. C'était un vrai supplice !

-C'est dingue ! J'en avais des frissons rétrospectifs. Elle poursuivit :

-Quand tu as commencé à me caresser le dos, j'ai cru que j'allais me mettre à hurler, je n'en pouvais plus. Et... quand je me suis retournée, j'étais toute paniquée, malgré - et, au fond, peut-être à cause de - ce que je venais de découvrir... je... je n'osais pas... j'étais comme paralysée... mais qu'est-ce que je te désirais ! tu n'as pas idée...

-Si ! Murmurai-je, souriante. C'en était presque effrayant !

-Mes seins me faisaient mal, la tête me tournait, j'étais toute fiévreuse, j'ai cru que j'allais me sentir mal. Et puis nous nous sommes enfin trouvées...

J'étais sidérée. Comment, cette belle fille qui m'en avait fait baver, dont je pensais qu'elle ne se souciait de moi que sur un plan strictement professionnel, me désirait depuis le tout début!... Je n'en revenais pas. Avais-je pu être bête! J'éclatai de rire lorsque j'entendis Christine prononcer:

-C'que j'ai pu être bête !

Une chose restait mystérieuse cependant, c'était sa bizarre inhibition. Mais il devait s'agir là de quelque chose de bien lointain, d'une blessure plus que probablement, aussi n'osai-je pas aborder la question. Mais Christine aborda elle-même le sujet avec un sa ng-froid apparent qui me laissa pantoise :

-Tu te demandes ce qui a pu me retenir, hein ?

-Ben... -Ben voyons ! Son visage s'assombrit tout à coup. Elle poursuivit :

-Tu sais, c'est assez simple au fond : avant notre rencontre, j'étais plutôt mal, au plan affectif et... et même sexuel. Quand j'étais encore lycéenne, vers quatorze ans, j'étais déjà bien développée, si tu vois ce que je veux dire... Un soir, alors que je revenais d'une boum avec des copains - ils m'avaient laissée à deux pas de chez mes parents - j'ai été... je me suis fait... agresser sexuellement. Christine faisait un effort considérable pour s'exprimer, elle avait pratiquement craché le dernier mot, comme pour jeter loin d'elle l'affreux souvenir. Elle se mit à pleurer. Je l'enlaçai aussitôt et la serrai fort. Elle était comme une petite fille entre mes bras. Elle se reprit très vite cependant :

-Alors... alors tu sais depuis, mes relations avec les hommes... ça a été plutôt nul. J'ai essayé de m'obliger, je me disais que cette connerie ne pouvait pas foutre aussi bêtement ma vie en l'air, mais... rien à faire ! Alors je me les suis envoyés, l'un derrière l'autre, comme une potion. Pour le sexe, brutal et dur, bestial et sec, sans amour... la baise, quoi ! Pour hurler d'un plaisir abrutissant, pour m'assommer.

-Et tu n'en as pas trouvé qui... Elle m'interrompit, en proie à un brusque accès de colère :

-Une bande d'obsédés ! Ah, pour me reluquer, me draguer, ça, ils se sont tous montrés très forts ! des promesses et des serments, j'en ai eu à foison ! Mais pour ce qui est d'obtenir de ces cochons en rut un semblant de compréhension, de tendresse, de douceur... Oh ! c'est pas ça, ils insistaient, ils s'accrochaient, des mois durant, parfois, mais moi, une fois déçue, c'est fini ! Il y en a bien eu un ou deux, les pires en fin de compte, qui avaient bien joué leur sale petite comédie. Cet André à la con, par exemple, qui jouait les compréhensifs, les philosophes, les gourous... Le jour où j'ai vu clair, ça n'a pas traîné, va...

Christine se vidait, à l'évidence, ça lui faisait du bien. Je la laissai se soulager de toute cette rancune, de tout ce chagrin. Elle m'entretint longuement de ses expériences ratées, du fiasco de sa vie sentimentale et du désert aride qu'était devenue sa vie sexuelle. Lorsqu'elle se fut calmée, je la berçai longuement, maternellement, sans mot dire. Elle se moucha, me sourit et conclut :

-Même les femmes, tu sais !... Je me suis laissée embobiner par la femme d'un des attachés de cabinet du ministère où je travaillais avant d'être nommée ici. Elle était psychothérapeute professionnelle ! Assez sympa, plutôt directe, pas vilaine du tout d'ailleurs. Je dois reconnaître qu'elle avait deviné assez tôt que j'avais... un léger problème. Elle a réussi à m'attirer sur son canapé. J'ai vite compris où elle voulait en venir.

-Mais... commençai-je.

-Mais toi, coupa-t-elle, toi, c'est autre chose. Avec toi, c'est large, c'est vaste, c'est profond, c'est... j'ai senti tout de suite que tu respectais ce que je suis, même sans me connaître, parce que c'est ta nature. J'ai su très tôt que, pour toi, je ne suis pas qu'un cul et une paire de seins ! Elle se mit à rire à travers ses larmes et ajouta, à nouveau coquine : Et pourtant Dieu sait si le cul est partie prenante dans notre équipée !...

-Christine, tu sais bien...

-Oui, oui, ma chérie, je sais... ne t'en fais pas ! Tu n'as aucune raison de t'inquiéter : je t'aime, je t'aime vraiment, ça, je le sais, du plus profond de mon être. Ne l'oublie jamais... Mais assez parlé de moi ! Toi, dis moi...

-Moi ?... Je ne suis pas passée bien loin de la contrainte sexuelle, mais j'ai eu plus de chance que toi, apparemment, et j'en ai été quitte pour quelques ecchymoses et une grosse frayeur. Ce sont mes cris qui m'ont sauvée... Non, je crois que mon histoire est désespérément simple : je n'ai pas eu de chance, voilà tout !

-Pourtant, bâtie comme tu l'es...

-C'est justement ça, le problème ! Je crois que, à quelques rares exceptions près, je n'ai connu que des mâles présomptueux, incapables de canaliser leur rut et des machos exaspérants. Ah ! j'en ai tâté de ceux-là ! Pour ce qui est des compliments, chapeau, mais alors au plumard, c'était presque toujours la Bérézina !

-Ah ?

-Quand je ne tombais pas sur un éjaculateur précoce, c'était un maniaque ou un obsédé, ou alors un fétichiste, ou encore un benêt sentimental... À un moment, je m'étais fait une raison : je ne recherchais plus que la baise, la bonne baise, me faire défoncer, quoi ! Je reconnais que j'ai connu de grands moments, que j'ai vu des bittes impressionnantes, à l'endurance olympique. Mais alors, gérer la connerie des propriétaires de ces supers outils, ce fut vite au-dessus de ce que je pouvais supporter !

Le récit, passablement enjolivé de mes plus belles escapades nous fit rire aux éclats pendant de longs moments. Je venais de terminer l'histoire navrante d'un bellâtre italien particulièrement bien membré, mais incapable de tenir une érection digne de ce nom plus de cinq minutes, quand Christine me fit remarquer :

-Je crois que nous ferions bien de reprendre le chemin du retour, il y a un bon moment que nous sommes là !

-Tu as raison, allons-y !

Après le déjeuner, délicieux, nous montâmes dans la chambre afin d'y faire une petite sieste qui, naturellement dégénéra assez rapidement, et nous connûmes à nouveau ces moments merveilleux, presque indicibles, où la main qui caresse allume le corps parcouru des mille feux de la passion ; où les corps enlacés cherchent à se fondre en une glaise cosmique ; où les regards rivés l'un à l'autre deviennent les couloirs incandescents du désir, témoins mêlés des grands bouleversements des corps projetés hors d'eux-mêmes, prêts au grand départ, au renoncement de soi, à la fusion suprême ; où les souffles haletants prennent la vigueur des forges ronflantes des temps jadis, lorsque l'écarlate des visages enfiévrés renvoie aux chairs affolées, parcourues des ondes telluriques du désir ; où les tempes, habitées du sourd grondement des chairs en désordre, battent au rythme même des c?urs déréglés ; où les cloisons intimes se tendent en prévision de l'imminente rupture ; où, des pylônes menus dressés en leurs grottes béantes répandent par tout le corps électrifié les ondes de choc de l'orgasme naissant ; où, de la pointe des seins prêts à éclater se propagent, tels raz de marée, les fulgurances annonciatrices des grandes pâmoisons ; où les odeurs affolantes et pointues des gluantes liqueurs du plaisir se mettent à sourdre avec une vigueur accrue ; où, enfin, les digues se rompent et répandent en un long chant fluvial l'exultation vertigineuse des chairs en éruption.

Christine, la tête appuyée sur mon sein encore tout palpitant au terme de nos étreintes, me confia :

-Tu sais, je ne t'ai pas tout dit. -Ah ? fis-je, intriguée.

-Non ! Vers treize ans, mon père m'a surprise en train de me masturber dans mon lit. -Ah ! je vois... Et alors ?

-J'ai eu droit à une de ces fessées ! Après m'avoir battue, il m'a demandé comment j'en étais arrivée à prendre « une si vilaine habitude ». Je n'osais rien dire, mais il a tellement insisté que j'ai fini par lui dire la vérité : que c'était bon, que ça me faisait du bien. Alors, il m'a obligée à me masturber en sa présence. C'était l'horreur ! Je ne prenais évidemment plus aucun plaisir. Ça s'est reproduit plusieurs fois. Après quelque temps, « pour m'aider » - c'est ce qu'il disait - il me pelotait les seins. À l'époque, ma poitrine était en train de se développer de façon impressionnante. Il devenait tout rouge, il prenait son pied, c'est sûr. En revanche, il ne m'a jamais obligée. Je crois qu'il devait en souffrir. Quoi qu'il en soit, depuis, je vis le sexe comme une chose honteuse. Il est clair que la contrainte sexuelle survenue à peine quatre ans plus tard n'a rien arrangé.

-Je vois ! Mue par une soudaine impulsion, j'ajoutai sans réfléchir : Tu sais, Christine, si tu as besoin que je te dise ou que je te fasses certaines choses...

À la puissance de sa réaction, je sus que j'avais commis une erreur, je crus l'avoir blessée. Relevant la tête, elle me fixa, le regard soudain dur :

-Comment le sais-tu ?

Comment je sais quoi ? fis-je, interloquée.

Son expression sévère s'effaça aussi vite qu'elle était apparue, et c'est sur un ton presque honteux qu'elle me dit :

-Oh ! rien.

Je sentis que j'avais touché un point des plus sensible et décidai de laisser mûrir les choses. C'était là la première fausse note entre nous, et j'en étais toute chagrinée. Mais Christine se remit à me câliner et à me prodiguer mille tendresses, comme si rien ne s'était passé.

  1. Le menu.

Dès le lundi la vie reprit son cours avec son laborieux cortège de ternes besognes administratives, de courbettes et de sourires contraints. Christine respectait nos accords avec une rigueur absolue. J'aurais vainement attendu un coup d'?il complice, une quelconque allusion, un propos ambigu. Cette évidence, en même temps qu'elle m'enlevait toute espérance, me procurait un sentiment de sécurité : notre secret serait bien gardé ! N'empêche, c'était dur de se brimer ainsi, de devoir se donner cette cruelle comédie de l'indifférence. J'ignorais si j'allais me montrer capable de jouer bien longtemps ce jeu frustrant. C'est Christine qui trouva, sinon la solution, du moins un dérivatif.

Tous les matins, sur le coup de onze heures, la petite Joëlle, une ravissante petite brune aux yeux rieurs m'apportait ce qu'elle avait comiquement baptisé « le Menu ». C'était une grande chemise à soufflets de toile, rigide et terne. Il s'en dégageait une odeur de vieux carton et de tabac froid. L'objet était manifestement passé en de nombreuses mains. Il ne devait sa survie qu'à l'efficace simplicité de sa conception et à sa solidité. Le contenu de ce classeur rébarbatif ne variait guère au fil des jours : notes diverses à ventiler entre les différents attachés de cabinet, instructions laconiques généralement jetées à la hâte sur papier libre, documents destinés aux signataires des différents attachés, voire à celui du ministre lui-même.

De temps à autres s'y trouvait une enveloppe fermée portant, au-dessus du nom du destinataire, une étiquette rouge vif sur laquelle on pouvait lire, en grasses, la mention « Confidentiel ». Il s'agissait d'instructions tactiques, de consignes officieuses, voire d'ordres purs et simples, mais dont la source ou la procédure devaient demeurer secrets.

Ce matin là, nous étions déjà le jeudi qui suivait notre escapade « Aux Trois Perdreaux », j'avisai, parmi les habituelles enveloppes et documents que contenait « le Menu », une enveloppe à mon nom, en papier craft - chose inhabituelle - et revêtue de la fameuse étiquette « Confidentiel ». Intriguée, je déchirai le haut de l'enveloppe et en sortis trois feuillets pliés. Les deux derniers étaient d'une agréable couleur vert pomme et étaient couverts de la fine écriture de Christine que je reconnus aussitôt. Le premier feuillet, un banal papier à en-tête du ministère, portait la mention suivante : « À ne lire que dans la plus absolue confidentialité. » Et en bas, en post-scriptum : « De préférence en dehors du service. »

Je replaçai prestement le tout dans l'enveloppe que j'enfermai à clé dans mon tiroir particulier avec la ferme résolution de ne prendre connaissance de la curieuse missive que dans la solitude de mon appartement, le soir, après le service. Je venais de m'infliger là une cruelle décision. Vingt fois, au cours de la journée, je faillis ouvrir le tiroir dans l'intention d'aller lire les fameux billets dans une des toilettes de l'étage. Je parvins à m'en abstenir.

Rarement les heures m'avaient paru aussi longues. Je n'eus, ce jour là, l'occasion de me trouver en présence de Christine, qu'à trois reprises. Comme je le redoutais, je n'eus droit qu'à son habituel maintien impavide.

L'heure de la délivrance sonna enfin.

A peine refermée la porte de mon appartement, je me débarrassai de ma veste et de mes souliers et me jetai sur le canapé. Toute fébrile, je fis glisser les feuillets hors de l'enveloppe et me mis à les parcourir avec avidité, le c?ur battant. Christine m'écrivait ceci :

« Ma chérie,

Je ne sais si tu ressens la même chose que moi mais cette obligation, malheureusement indispensable, que nous nous sommes imposées m'est bien pénible. Je passe ma journée à repousser mille images et impressions qui me viennent de toi : ton odeur si prenante, la pression de ta peau en contact avec la mienne, la caresse de tes cheveux sur mon cou, le goût délicat de tes lèvres... Lorsque, pour mieux les évoquer, je ferme les yeux, c'est ton regard alors qui me pénètre, tes mains qui parcourent mes seins, tes lèvres qui s'insinuent entre les miennes... En ce moment même, je suis toute excitée et je crève d'envie de te serrer dans mes bras, de caresser ton adorable corps, de respirer ton odeur, de... »

Visiblement, Christine avait interrompu ici sa lettre, probablement dérangée par quelque importun. Voilà qui semblait indiquer qu'elle écrivait au bureau. Cette espèce d'entorse à notre pacte m'inspira un curieux sentiment de jalousie et d'effroi. En même temps, je me sentais flattée. L'écriture reprenait, plus nerveuse, plus rapide semblait-il, à en juger par les lettres moins achevées et les caractères nettement plus grands.

« ... de baiser tes lèvres, de boire ta salive, de te mordiller le cou, de caresser tes seins, d'explorer ton intimité, de te voir jouir. Tu sais, quand je vois que tu es sur le point de jouir, quand tu as ce regard qui file, quand tu es toute tendue de désir, quand ton visage s'enflamme, je deviens comme folle ! Rien que d'évoquer ce moment, j'en suis toute mouillée. Il faut que je me calme. »

Là encore, Christine avait du suspendre son écriture, car la suite était à nouveau rédigée en caractères plus réguliers. Elle concluait :

« Je viens de me relire et trouve ma missive un peu folle. J'ai failli l'envoyer au panier, mais je me dis que ça te fera peut-être plaisir de savoir dans quel état tu es capable de me mettre, même à distance.

Ta Christine qui délire et qui t'aime. »

Au moment où je lisais ces derniers mots, je m'aperçus que, une main écrasée sur la vulve, j'étais prête à l'orgasme. Je fermai les yeux, me laissai aller en arrière sur le canapé, écartai les cuisses et, évoquant l'image obsédante de Christine en train de jouir, je me préparai au doux frisson. Pendant qu'une main écrasait un sein, de l'autre je plongeai dans ma grotte d'amour et me mis à me branler le clitoris, un doigt de chaque côté de la petite hampe, bien à la base. L'orgasme ne se fit pas attendre. Je m'entendis crier :

-Christine, oh !... ooh !... mon amour !... Pourquoi tu n'es pas là ?...

Hors de moi, je me retournai sur le ventre, m'emprisonnai la tête entre deux coussins et me mis à pleurer. Il me fallut quelques minutes pour recouvrer mon calme. Ma respiration se régularisa. Je ramenai ma main toute poisseuse de mes sécrétions et pris un amer plaisir à m'imprégner de ma propre odeur tout en regrettant que ce ne fût pas celle de Christine. Prise par une sorte d'impulsion irrépressible, je me précipitai à mon petit secrétaire et, d'une traite, lui répondis ceci :

« Mon amour,

Ta lettre m'a bouleversée, comme tu peux l'imaginer. J'en suis encore toute tremblante et - ça ne te surprendra pas - toute mouillée, car tu m'as fait jouir, ma belle garce ! Je ne sais pas si ça va te consoler, mais je peux te dire que pour moi aussi cette comédie est difficile à jouer tout au long de la journée. Moi aussi, bien sûr, je ne cesse de penser à toi, à ta puissance, à ta beauté, à ta douceur, à ta fragilité aussi (ne te vexe pas !). Je t'aime, ma Christine adorée, je t'aime comme une folle, je suis ton esclave, ta chose, fais de moi ce que tu voudras.

Ta Dominique qui t'adore. »

À la place de la signature, j'appliquai consciencieusement mon pouce que je venais de promener sur ma chatte encore ruisselante. Cela fit sur le papier une tache circulaire, presque translucide.

Sans réfléchir, sans me relire, je pliai nerveusement la feuille que je glissai dans mon sac. Christine la recevrait dès le lendemain matin, par « le Menu ».

  1. Un exorcisme.

Comme souvent le vendredi, je ne vis guère Christine qui passa le plus clair de sa journée avec le ministre. Tout au plus avais-je pu l'apercevoir qui traversait les larges couloirs d'un pas pressé, les bras encombrés de dossiers, l'air préoccupé, flanquée de trois ou quatre attachés de cabinet. Je fis passer cette journée maussade en m'appliquant à remplir le plus correctement possible les tâches subalternes qui m'étaient dévolues. Excellent dérivatif au demeurant.

J'avais pris la nonchalante habitude, après mes journées au ministère, de me baigner longuement puis, après avoir passé un pyjama rétro au point d'en être passablement ridicule - mais si confortable - de m'allonger sur mon canapé afin d'écouter divers programmes diffusés par la radio. J'adorais les retransmissions d'opéra, ayant un faible pour les grands compositeurs italiens du siècle dernier, Verdi en tête. Ce soir là, on donnait une fort belle version de La Traviata que je connaissais presque par c?ur. Les yeux clos, abandonnée au milieu des coussins, je me laissais envelopper par la musique énergique que diffusait ma chaîne stéréo - j'avais tenu à me procurer du haut de gamme - et je prenais un réel plaisir à m'identifier à cette Marguerite Gauthier, émouvante et fantasque amoureuse qui fit vibrer plus d'un c?ur.

Soudain, il me sembla percevoir le carillon de ma porte d'entrée. Je baissai aussitôt le volume sonore de ma chaîne : le doute n'était pas permis, j'entendis à nouveau, distinctement cette fois, la sonnette d'entrée. Je n'attendais personne. Intriguée, j'enfilai mes mules, passai rapidement mon vieux peignoir élimé et, inquiète, m'approchai de la porte de mon appartement. J'entrouvris le battant que maintenait la chaînette demeurée encastrée dans son logement. J'eus un soubresaut lorsque j'aperçus, dans le faible éclairage du palier, la silhouette longiligne de Christine. Le c?ur battant, je libérai le verrou et ouvris ma porte au large. Avec aux lèvres un petit sourire narquois, Christine s'avança. J'étais à la fois ravie et honteuse d'être ainsi surprise en tenue négligée.

En une sorte de bafouillage gestuel, je rajustai mon peignoir, cherchant vaguement à dissimuler mon pyjama. Je me sentis rougir comme une gamine prise en faute. Je devais être affreuse, les cheveux tout emmêlés, sans aucun maquillage, en tenue négligée. J'étais en train de maudire ma stupide nonchalance. J'ouvris la bouche dans l'espoir que quelque excuse me viendrait à l'esprit, mais Christine ne m'en laissa guère le temps. Elle s'avança au milieu de la pièce et, se tournant vers moi, me lança :

-Ainsi voilà ton petit nid ! Elle fit quelques pas, laissant son regard errer un peu partout. C'est mignon tout plein ! Je reconnais bien ton goût si sûr et ton souci du rangement! Bravo!... Elle me fixa, sembla me toiser, et ajouta: Et me voilà, incognito... en visite surprise!... Qu'en dis-tu ?

-Euh !... Je... je... J'étais tellement abasourdie que je n'arrivais pas à formuler la moindre pensée cohérente. Christine éclata de rire.

-Remets-toi, voyons !... C'est tout l'effet que je te fais ?...

-C'est que... si je m'attendais... Tu débarque là, comme ça, sans prévenir, je...

-Tu craignais que je ne te surprenne dans les bras de ton amant ? poursuivit-elle, coquine. Pendant une seconde, je la détestai. Je dus lui envoyer un noir regard car elle me dit, après être venue se planter devant moi :

-Oh !... aurais-je deviné juste ?... Je sentis mes yeux se mettre à picoter : je n'allais pas me mettre à braire, tout de même !

-Arrête !... suppliai-je.

-Dominique ! fit-elle, soudain grave. Je suis là ! Pour toi, pour te voir, pour... Je n'en pouvais plus... Il... il fallait que je vienne, que je te tienne dans mes bras... que je... Je vis son ?il s'humecter, elle était prête à pleurer.

Bouleversée, je lui baisai les lèvres. Nous nous étreignîmes avec fougue. Nos langues se léchaient, nos mains parcouraient fiévreusement nos corps affamés de caresses. D'un geste preste, Christine avait écarté les pans de mon peignoir et une de ses mains pétrissait mes fesses pendant que l'autre écrasait un sein. Je m'employai à dévêtir mon amie, la déboutonnai, arrachai son chemisier, fis glisser la fermeture de sa mini-jupe, la laissai choir sur le sol...

En un clin d'?il, nous fûmes toutes deux nues, enlacées, étendues sur le canapé, laissant libre cours à la joie de nous retrouver, à notre fringale d'attouchements et de caresses. Nous nous dévorions, comme si nous ne nous étions plus touchées depuis des mois. Nos gestes se firent nets, précis, efficaces : en quelques minutes, nous étions arrivées à nous procurer une orgasme majeur. Nous étions étendues l'une à côté de l'autre, nues et encore toutes frémissantes.

-Dominique !... qu'est-ce je suis heureuse d'être là !

-Pas autant que moi! Répliquai-je, gouailleuse mais sincère. Mais... ajoutai-je, comment se fait-il?... -Ta lettre ! Susurra-t-elle. Ta foutue lettre !... Tu peux te vanter de m'avoir possédée, là ! Après l'avoir lue... après l'avoir... reniflée... j'ai eu le feu aux fesses toute journée !

J'éclatai de rire. -Quoi ?

-C'est comme je te dis ! Attends, je dois vérifier quelque chose...

Elle plongea entre mes cuisses et fourra sans vergogne son nez sur ma vulve.

-C'est bien ça ! fit-elle, me montrant son visage hilare et triomphant. J'étais secouée de rire.

-Ton odeur ! fit-elle, à nouveau grave, rivant ses pupilles dans les miennes. L'odeur de ton corps, de ton sexe... Oh, bon Dieu !... J'en ai rêvé toute la journée. Mais tu es là maintenant, et je peux te voir, t'admirer. Elle me mangeait des yeux d'un air gourmand, parcourant tout mon corps. Je sentis que je recommençais à mouiller. Piquée dans mon orgueil, je me dressai fièrement, m'offrant à ses regards. Je me mis à caresser l'intérieur de ses cuisses. La chair chaude glissait sous mes doigts fébriles. Nous étions à nouveau bien excitées ! La respiration courte, le rouge aux joues, les yeux vitreux, la vulve en délire, les seins gonflés.

J'adorais voir Christine dans cet état, je ressentais une vive émotion à contempler ainsi son beau visage déformé par ce rictus irrégulier, témoin du bouleversement de ses sens, sa bouche entrouverte, ses yeux mi-clos, où plutôt à demi ouverts sur la jouissance imminente. Nous étions à présent assises sur nos talons, face à face, nos genoux en contact, en train de nous livrer à ce qui s'avérait notre caresse favorite : nous nous caressions les seins, avec une infinie douceur. Les bouts des index de Christine, qu'elle avait humectés de salive, parcouraient mes aréoles, ou plutôt les effleuraient. Mes seins, touts gonflés, étaient parcourus d'insupportables petites décharges électriques.

De temps à autres, elle enfonçait ses doigts dans la chair consentante puis reprenait ses effleurements furtifs. Elle titillait un instant les pointes toutes dressées, qui bandaient comme de petits pénis. Mes seins, agacés, furent soudain parcourus de frissons irrépressibles, il me semblait qu'ils allaient éclater, mes tempes bourdonnaient, je mouillais comme une bête. Elle triturait à présent mes globes, s'amusant à les écraser l'un sur l'autre, puis à les griffer, les enserrer entre ses doigts, les pincer en différents endroits, je haletais de bonheur et d'excitation. J'étais toute cambrée, offrant ma poitrine en désir aux caresses suaves de ma divine compagne.

De mon côté, je promenais à la surface de ses seins des doigts indisciplinés et coquins qui variaient à l'infini parcours, rythme et pression. De temps à autres, au passage, je fixais mes pouces sur ses pointes et les enfonçais en tournant, bien loin dans la chair souple et chaude, ce qui faisait tressauter tout le buste de Christine qui adorait cette caresse. Il nous semblait que nous pourrions poursuivre ce petit jeu indéfiniment. Nous en étions à guetter, au fond de nos pupilles enflammées, l'étincelle qui allait déclencher le grand jaillissement sauvage destiné à ramener le calme en nos corps affamés. Christine s'interrompit soudain, posa ses mains sur mes cuisses et me confia, d'une drôle de voix :

-Dominique, je...hhh... j'ai envie... hhh... tu ne m'en voudras pas si...

Elle semblait désemparée.

-Qu'est-ce qui se passe ? fis-je, mi inquiète, mi curieuse.

Je devinai qu'elle était la proie d'un de ces fantasmes consécutifs aux expériences humiliantes qu'elle avait vécues.

-Dis-moi ! Chuchotai-je précipitamment. Dis-moi ce que tu veux... n'importe quoi, je le ferai.

Instinctivement, je me laissai glisser en arrière et m'étalai de tout mon long, les bras remontés le long de mon visage, offerte, pantelante, prête à tout, à tous les outrages, à toutes les folies. Christine me regarda longuement, comme si elle me découvrait, examinant chaque courbe de mon corps, chaque détail de ma peau, d'un air sévère, comme une petite fille butée. J'en ressentis une vague inquiétude. Elle articula, non sans peine, visiblement en proie à un conflit intérieur :

-Je... je voudrais que... que tu te masturbes... pour moi !... pour moi tout seul ! Haleta-t-elle, soudain écarlate.

Le masculin qu'elle avait employé ne m'avait pas échappé, mais ni les circonstances ni nos états respectifs ne se prêtaient à une analyse psychologique, aussi obtempérai-je sans me poser de questions, trop heureuse d'assumer le rôle qui m'était dévolu et que je recherchais probablement depuis toujours. Je laissai lentement glisser une main le long de mon visage, léchai ma paume au passage, enfonçai un index dans ma bouche et l'inondai de salive ; je laissai ensuite glisser ma main le long de mon cou, caressai lentement la surface de mes seins, puis parcourus mon ventre tout en exécutant une lente danse du bassin et, très lentement, ouvris complètement les cuisses. Je me mis à me masser doucement la vulve.

Entre temps, mon autre main était venue emprisonner un sein qu'elle se mit à malaxer sans hâte. Christine était comme pétrifiée, elle me fixait, les yeux exorbités, en proie à un émoi particulièrement intense. Quoique plutôt intimidée par cette scène insolite, je poursuivis mes attouchements intimes. Je glissai un doigt dans ma fente et me mis à agacer doucement mon clitoris tout noyé déjà sous les premiers assauts du plaisir. J'eus l'impression, heureusement fugace, d'être une putain en train de se livrer aux caprices d'un voyeur.

L'émoi de Christine avait quelque chose de bouleversant qui me troublait et m'entraînait irrésistiblement à poursuivre ma masturbation. Je décidai alors de m'abandonner complètement à ce rituel bizarre, de lui offrir mon geste. N'était-elle pas ma maîtresse, ma supérieure, ma reine ? N'étais-je pas sa subordonnée, son esclave consentante ? Un curieux trouble s'empara de moi à cet instant et c'est sans aucune retenue que je poursuivis mon geste.

Le mouvement de mon basin, accentué par celui de mes cuisses qui se fermaient pour mieux se rouvrir, s'amplifia et s'accéléra. Je sentis se multiplier les picotements annonciateurs du plaisir, mon c?ur battait à tout rompre, je sentis que j'allais filer. Le visage de Christine se fit tout à coup sévère et elle me lança :

-C'est ça ! Continue, petite salope ! Caresse-toi, traînée !... Vas-y, donne-toi du plaisir !... Non, mais tu n'as pas honte ?... Salope, vicieuse, putain !... C'est bon, hein ?... C'est qu'elle est foutrement belle, la petite pute ! Drôlement excitante, hein !... Allez !... allez, vas-y !... branle-toi bien... fais-toi jouir... pour moi... pour moi !... Je veux voir couler ton jus le long de tes petites fesses... Allez !... allez !... Viens !... viens, te dis-je...

De toute évidence, Christine était hors d'elle-même, elle hurlait comme une possédée. Ses invectives m'humiliaient et en même temps me fustigeaient, accroissant mon excitation. L'insolite de la scène m'avait laissé un instant désemparée, mais la certitude soudaine qui s'imposa à moi me galvanisa : j'occupais à présent la place même de Christine, j'étais devenue son double. Je me laissai donc humilier, comme elle, pour elle. Je pris un étrange plaisir à me laisser salir, insulter, comme elle avait du l'être dans l'enfance. Je me sentis incroyablement proche d'elle en ce moment surréaliste, c'en était bouleversant.

J'achevai de me laisser emporter, corps et âme, dans ce tourbillon. Je ne pus contenir mes larmes qui inondèrent mon visage. Je vivais un moment extrême, unique sans doute, au-delà du réel, en marge du possible, j'étais en plein c?ur d'un exorcisme, et mon corps pantelant, ruisselant et offert en était le médium ! Les mots ne m'étaient plus destinés à présent, ils glissaient sur ce corps luisant de transpiration, que je n'habitais plus pour un temps, tout tendu vers la détresse de Christine, vers sa blessure. J'étais devenue son bouclier : chaque insulte que je recevais ainsi à sa place la soulageait, c'était là une évidence qui me pénétra et m'arracha des larmes de joie et de compassion.

Mon abandon obscène, morbide peut-être, constituait, j'en étais persuadée, un acte d'amour profond. Cette certitude me fustigea. Je fus prise d'une folle envie que Christine m'insultât davantage. Je voulus soudain qu'elle me bouscule. Je l'y encourageai. Je m'entendis prononcer d'une étrange voix gémissante mais fière pourtant :

-Je te dégoûte, hein ? eh bien punis-moi !

C'était insensé, c'était dingue ! Comme fustigée, Christine se jeta sur moi, passa vivement une main sous mes fesses et, d'une puissante bourrade, me retourna sur le ventre. Elle se mit aussitôt à me fesser généreusement. Le cri que j'émis était un mélange de surprise et de douleur. Christine m'appliqua une bonne dizaine de claques bien assénées, sonores et cuisantes ! Loin de chercher à m'y soustraire, je me dressai, prenant appui sur mes genoux, et lui présentai mes fesses endolories. Elle se mit aussitôt à pétrir vigoureusement mes fesses rougeoyantes. Je sentis ses ongles blesser mes chairs meurtries.

Elle écarta mes fesses afin de faire apparaître ma rosace. Je crus qu'elle allait glisser un doigt inquisiteur dans mon anus que je forçai à la détente en prévision de l'assaut, mais elle me fit à nouveau basculer sur le dos. Son visage était tout congestionné, son expression était effrayante. Elle était visiblement hors d'elle-même. Haletante, elle fixa un regard halluciné sur ma fente, en une attente avide. La fessée m'avait bien échauffée, l'orgasme, plusieurs fois différé, était à nouveau tout proche et s'annonçait majeur. Je pris un étrange plaisir à scruter l'expression presque démente de son visage.

L'orgasme venait, j'allais le lui offrir. J'écrasai mon sein comme pour en expulser une volupté nouvelle, puis, écartant les cuisses au maximum, je tendis ma vulve béante vers le visage crispé de Christine. Je voulais que la chose durât, aussi m'efforçai-je de contenir ma pâmoison, de muer la brutale explosion qui s'annonçait en une sorte de feu d'artifice au ralenti, de laisser la jouissance se répandre lentement, progressivement, en faire une sorte de spectacle que j'offrais à ma maîtresse.

Je fus secouée par un premier spasme qui accompagnait une première coulée, puis après un temps, une deuxième me quitta, accompagnée d'une nouvelle secousse, et une troisième encore après laquelle je me relâchai pour sentir s'écouler de mon corps agité de soubresauts, toute ma poisseuse livraison. Pendant tout ce temps, je ne quittai pas Christine des yeux. Elle avait suivi le tout sans broncher, les yeux écarquillés, comme si elle assistait à un naufrage. Après quelques instants de parfaite immobilité, elle éclata en larmes et se jeta sur moi, toute secouée par un incoercible chagrin. Je l'enlaçai aussitôt et me mis à lui bécoter le visage tout en lui lissant les cheveux.

-Mon Dieu, Dominique !... quelle horreur, mais qu'est-ce qui m'a pris ?... qu'est-ce que j'ai fait ?... Pardon... pardon, mon amour...

Elle pleurait à chaudes larmes, c'était totalement bouleversant, j'étais toute retournée.

Calme-toi ! lui murmurai-je doucement. Tu ne m'as rien fait du tout qu'un immense plaisir.

-Mais... je t'ai fessée... je...

-Je t'aime, Christine, je t'aime. Tu m'aurais rouée de coups, je t'en aimerais tout autant.

-C'est dingue ! Je... je ne sais pas ce qui m'a pris...

-Oh ! je pense que tu viens simplement de régler un vieux compte !

  1. Épilogue.

Les mois qui suivirent comptèrent parmi les plus heureux de mon existence, malgré les cruelles contraintes que nous imposait notre secret. Nous continuions de nous voir à la sauvette, redoublant de précautions ; mais que de moments intenses, que de plaisirs ineffables ne partagions-nous pas ? Christine, je l'avais dans la peau, elle était devenue une part de moi-même, j'avais le sentiment de lui appartenir toute et chaque soir, au moment de quitter le ministère, c'était un nouveau déchirement.

Ce jour là, un lundi, le hasard fit que nous retrouvâmes seules toutes les deux dans l'ascenseur. Ce n'était jamais arrivé. Nous ne pûmes nous empêcher de mettre à profit ce bref moment de précaire intimité pour nous laisser aller à un regard. Je n'oublierai jamais l'intensité de ce moment. Lorsque Christine plongea son beau regard clair dans mes pupilles dilatées par l'émotion, je crus défaillir sous le choc.

Je me sentis comme pénétrée, possédée par un courant de feu qui me parcourut des pieds à la tête. Une corde se tendit dans mon ventre et je sus que je mouillais. Je vibrais, je sentais monter en moi une immense vague de tendresse et de désir. Je fus prise d'une envie folle de me jeter dans ses bras. Je sentis mes pointes de seins accrocher l'étoffe de mon soutien-gorge, mon c?ur se mit à cogner à tout rompre. Je sus, à sa raideur soudaine, à la langueur qui passa dans son regard, que Christine était également émue, qu'elle partageait mon émoi. C'était hallucinant : nous nous mangions des yeux, nos corps affamés n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, frémissants, tendus à se rompre, sans pouvoir se toucher.

Horrible et délicieux supplice. Le petit choc de l'ascenseur arrivé à destination nous ramena à la réalité. Christine reprit aussitôt son maintien habituel et je lui emboîtai le pas, m'efforçant d'adopter une allure décontractée.

Et puis ce fut la catastrophe ! Irène, notre hôtesse en chef, me pria de passer par son bureau. Elle m'apprit la consternante nouvelle : Christine venait de présenter sa démission au Ministre. Cela, c'était du moins la version officielle, en réalité, elle venait d'être démise de ses fonctions. « Pour éviter un scandale » me précisa Irène en m'adressant un regard lourd. Immédiatement, le sa ng me monta aux joues et je crus que le sol allait se dérober sous mes pieds.

L'impensable s'était produit : motivé sans doute par la jalousie ou Dieu sait quel sentiment mesquin, quelqu'un - ou quelqu'une - avait, au mépris des règles et usages en vigueur, ouvert une enveloppe du menu qui, bien entendu, contenait un message à caractère 'très privé' que je n'avais pas pu m'empêcher d'adresser à Christine. Il y a avait là de quoi combler les attentes de toute personne en quête de preuve irréfutable.

Ainsi, Christine venait de perdre sa place, et par ma faute ! Je fus prise d'une envie folle de me griffer le visage, de m'arracher les cheveux. Le mal était fait. Le c?ur au bord des lèvres, je réalisai que je venais de perdre Christine, et de bien cruelle manière. Le coup était prévisible pourtant, nous savions bien que notre situation était grosse de risques, que, tôt ou tard, quelque chose de ce genre allait se produire. N'empêche, le choc était rude et j'étais anéantie.

Bien entendu, il ne me fut pas possible de la voir : elle était enfermée dans le bureau du Ministre et n'en sortirait pas de sitôt.

La nouvelle s'était répandue en fin de journée, ce qui fait que je n'eus pas à prendre sur moi trop longtemps avant de me retrouver, seule et désemparée dans mon petit appartement.

Je me jetai sur mon lit et éclatai aussitôt en pleurs. Je réalisai toute la gravité de la situation : non seulement Christine perdait son emploi, mais sa carrière venait probablement de se briser. Non, jamais je n'oserais me présenter une nouvelle fois en face d'elle, je ne pourrais pas supporter son regard chargé de rancune. Comment pourrait-elle ne pas m'attribuer la responsabilité de ce désastre ? N'étais-je pas la cause de son malheur ? Jamais elle ne pourrait me pardonner, c'était beaucoup trop grave.

Mais comment avais-je pu être aussi stupide ? C'était bien ma faute, ma seule faute ! Quelle naïveté !... ainsi, je m'étais figurée que nos petits secrets ne seraient jamais découverts, que nous étions à l'abri. Pauvre idiote ! La vérité, c'est que je m'étais aveuglée : j'avais préféré ignorer le danger, pourtant bien réel, plutôt que de me résigner à faire preuve de prudence ; une prudence qui m'obligeait, il est vrai, à maintenir une insupportable distance entre Christine et moi. Mon aveuglement, mon égoïsme, j'allais les payer au prix fort ! Jamais je ne reverrais Christine, mon trésor, mon amour, ma chair, ma vie. Je me sentis incapable de me rendre au Ministère les jours suivants et me fis porter malade. Irène ne fut pas dupe mais, compréhensive, laissa faire. Après lui avoir téléphoné, je fondis en larmes et, réalisant que je serais incapable de me contenir en cas d'appel, je débranchai purement et simplement mon téléphone. On me ficherait la paix, ce serait toujours ça que je n'aurais pas à subir.

Durant toute une semaine, je me traînai comme une âme en peine, passant bien peu de temps dans mon petit appartement qui ne cessait de me rappeler la présence à jamais perdue de l'être aimé : la place où elle s'asseyait dans le canapé ; le coin de meuble sur lequel elle déposait, toujours en hâte, son petit sac de cuir beige ; la chaise qu'elle occupait dans la cuisine, face à la mienne, lors de nos trop brefs repas ; le bouton auquel, dans le petit hall d'entrée, elle accrochait son imperméable ; le lit enfin dans lequel... Non ! C'était au-dessus de ce que je pouvais supporter, et je préférais errer dans les rues pour rentrer bien tard, après m'être gavée de cinémas, de séances de lèche-vitrines - n'importe quelles vitrines - et de longues stations à la taverne du coin où je m'enivrais paisiblement.

Il faisait, ce matin-là, un temps infect : un crachin bien mouillant, qui vous glaçait jusqu'à la moelle des os, flanqué d'un brouillard à couper au couteau. Mais je préférais encore ce ciel en chagrin, tellement en harmonie avec mon état, à mon appartement qui ne cessait de me rappeler mon malheur. Je déambulai, le c?ur gros, longeant façades et devantures, sans daigner y jeter un regard, sans d'ailleurs prêter attention à rien, habitée de cette forme d'hébétude qui accompagne les grandes douleurs. C'est alors que je sentis mes cheveux se hérisser, que le souffle me manqua, que je crus que mon c?ur s'arrêtait de battre : elle était là ! juste au coin de la rue, debout, bien droite, immobile, me faisant face, dans son éternel imperméable crème.

Mais non, je devais m'abuser, il ne pouvait s'agir que d'une vague ressemblance, tout au plus, que mon chagrin déformait au point de la faire coïncider avec l'image de Christine, mon adorée à jamais perdue. D'ailleurs ce que je pouvais en voir, à travers le voile de brume persistant, ne pouvait guère correspondre à autre chose qu'à une déformation. « Tu fantasmes, ma pauvre chérie ! », me dis-je, faussement goguenarde. Je m'approchai néanmoins, puisque c'était mon chemin. Mon regard était tout brouillé par ces maudites larmes que je ne pouvais contenir, et je ne distinguais rien de bien net : la silhouette vacillait, se déformait presque comiquement, prisonnière qu'elle était de mon chagrin incoercible.

Ce ne fut que lorsqu'elle m'adressa la parole que je crus mourir sur place.

-Dominique ! entendis-je à travers une sorte de nuage cotonneux, mais, où étais-tu ? ça fait une semaine entière que je te cherche.

-Chri... Christine, c'est toi ?... arrivai-je à articuler péniblement, le c?ur dans la bouche, noyée par une émotion trop forte. Une aveugle, une débile mentale, une handicapée, ne se serait pas comportée autrement !

-Bien sûr que c'est moi ! Mais dans quel état es-tu donc ! Oh, mon Dieu ! Ma pauvre chérie !...

Je crus défaillir quand elle m'enlaça, me serra dans ses bras. Sous le coup, je me mis à pleurer comme une gamine.

-Mais... mais pourquoi ?... que...

-Tais-toi donc, sotte ! me dit-elle. Tu as tout pris sur toi, hein ? J'aurais du m'en douter... Je t'aime Dominique, je t'aime ma chérie ! Rien n'est changé, arrête de te faire du mal ! Je suis là!

-Mais... ta situation... ta carrière... c'est ma faute... je... pardon... pardon... je ne pus empêcher mes larmes de redoubler.

S'écartant légèrement, elle me saisit par les épaules. À ma vive surprise, le sourire qu'elle me décerna était ouvert, épanoui, presque joyeux. Je ne comprenais plus ! décidément, tout s'embrouillait dans ma tête.

-Ma chérie ! j'ai des amis, tu sais, des relations ! Je ne suis plus au Cabinet !... la belle affaire ! Me voici avec un statut de haut fonctionnaire dans l'Administration, à tout prendre, je me demande si ce n'est pas mieux !...

Je crus tout d'abord qu'elle plaisantait, qu'elle disait n'importe quoi pour me calmer, pour amenuiser ma faute, pour atténuer ma responsabilité. Mais elle ne semblait pas jouer la comédie et je la sentis sincère. J'en fus toute bouleversée.

-A... alors, tu ne m'en veux pas ?... balbutiai-je, d'une petite voix brisée.

-Oh que non, ma chérie ! Je ne te cache pas que sur le moment, j'ai été effondrée et que je t'en ai voulu pour ta légèreté, qui était, ne l'oublions pas, une preuve d'amour aussi ; mais je me suis très vite dit que, d'une certaine façon, c'était mieux ainsi. Car maintenant que tout se sait, que l'abcès est crevé, nous n'aurons plus à nous cacher. Tout au plus devrons-nous nous montrer discrètes, ne pas nous afficher.

-Dis... dis-moi que je rêve !... -Oh non, ma chérie, mon amour, tu ne rêves pas, et je vais tout de suite te le prouver ! Viens, allons chez toi !... tu auras bien un petit café à nous servir, il fait un froid de canard !

... F I N ...

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