Je suis incapable de dire comment ça a commencé, ni quand ça a commencé.
Je me souviens juste que je me faisais insulter, humilier, mes affaires en sport au collège, au lycée, finissaient dans les douches... Ouvertes bien sûr.

J'étais de celles dont on ne voyait que le moche. Alors je me cachais encore plus derrière de peur qu'ils salissent le peu de beau que j'avais.
Je mangeais seule à la cantine, je regrettais la longueur des récréations tant j'étais seule.

Ça a empiré quand j'ai redoublé ma seconde...
Un certain L m'avait prise en grippe encore plus que les autres.
Le petit caïd du lycée... dans ma classe.
Un jour, assis derrière moi, il retire ma chaise au moment où je m'assieds.
Je m'éclate la tête sur sa table. Fou rire de la classe, indifférence du prof.
Je vais à l'infirmerie autant parce que j'ai la tête qui tourne, que pour fuir cet instant humiliant.

Je ne sais plus quel court c'était, ni qui était le prof. Je ne me souviens que de ces rires et du prof qui continue son cours.

Et un jour j'étais assise derrière lui, il est un peu vaseux et moi un peu revancharde, je lui murmure alors L, *"t'as tes règles ?"*

L'animal n'a pas apprécié.
Deux jours plus tard, il m'attrape le cou par derrière dans le couloir et serre. Il serre fort, devant des élèves hilares et des surveillants absents.
Je manque d'air je pense mourir là dans un couloir de lycée minable, par un abruti fini, dans l'indifférence la plus totale.
Il y aurait eu les téléphones à cette époque, je tournerais encore en boucle sur internet.

J'ai les bras libres et l'esprit en alerte. Je lui décroche un coup de coude dans l'estomac.
Il lâche prise.
L'air s'engouffre dans mes poumons avec violence.
Je me retourne à une vitesse incroyable et lui balance un direct du gauche en pleine gueule.
*"ça suffit maintenant. Tu me fous la paix !"*

Plus un bruit dans le couloir.
Le caid humilié.
Fin du règne.
Il a gardé son œil au beurre noir pendant 3 semaines.

Je n'ai plus eu une seule réflexion. Du jour au lendemain, plus une embrouille, j'ai même pu prendre ma douche en sortant du sport sans aucun problème.

Plus jamais personne ne m'a emmerdée depuis ce jour.

J'étais devenue la fille qu'on emmerde pas.

Parce qu'un jour j'ai dit STOP.

Parce qu'un jour je n'ai pas baissé les yeux.

Le jour où j'ai eu un peu moins peur.